Avec « Plus d’amis », Rosier exhume un chant ancien et le fait léviter dans une brume électrique où la mémoire devient désir et la perte, une caresse spectrale.
Ce qui me bouleverse d’emblée, c’est la sensation de lenteur suspendue. Pas une lenteur molle, mais une dilatation du temps. Rosier ne joue pas la nostalgie folklorique, il la transfigure. On entend la source ancienne, enfouie dans les archives franco-canadiennes, mais elle passe à travers un filtre contemporain : guitares éthérées, nappes discrètes, tension slowcore à fleur de peau.
« Plus d’amis » avance comme un rêve humide. Les accords sont simples, presque dépouillés, mais la texture sonore est dense, brumeuse. J’y ai perçu quelque chose de sensuel dans cette retenue, dans cette façon de ne jamais exploser vraiment. Le morceau ne cherche pas le climax spectaculaire ; il préfère l’obsession feutrée, la répétition lancinante, l’impression de tourner autour d’une absence.
La collaboration avec Safia Nolin change la gravité du titre. Les voix s’entrelacent jusqu’à devenir indistinctes, comme si deux présences partageaient un même souffle. Il ne s’agit pas d’un duo démonstratif mais d’une fusion presque chorale, fragile et puissante à la fois. Cette superposition crée une zone d’ombre fascinante : on ne sait plus qui porte la mélodie, qui soutient l’autre. On est dans une forme d’abandon partagé.
Le thème – la peur de perdre la mère – aurait pu verser dans le pathos. Ici, il devient matière atmosphérique. La douleur est intériorisée, presque murmurée. J’ai été frappé par cette capacité à faire cohabiter tradition et modernité sans hiérarchie. Les textes anciens ne sont pas cités comme des reliques, ils respirent dans un écrin dream pop qui évoque autant la lenteur hypnotique de Slowdive que la vulnérabilité d’un folk spectral.
« Plus d’amis » n’est pas une chanson qui cherche à séduire immédiatement. Elle enveloppe. Elle persiste. Elle laisse une trace discrète mais tenace, comme un parfum resté sur un vêtement. Rosier prouve qu’on peut encore faire dialoguer le passé et le présent sans cynisme, avec une délicatesse presque radicale.
Et dans cette brume sensuelle, une évidence : certaines peurs traversent les siècles. Il suffit d’une guitare saturée de silence et de deux voix qui tremblent ensemble pour les rendre éternelles.
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