“Tourisme” de Bolivard et Kazy Lambist radiographie une génération qui collectionne les histoires comme des billets d’avion, sans jamais atterrir vraiment.
Le voyage commence sur une pulsation douce, presque naïve. Une ligne synthétique claire comme un ciel d’aéroport au petit matin, puis la voix de Bolivard, mi-sérieuse mi-ironique, qui pose ses valises au milieu d’une relation déjà en transit. Le décor est planté : ici, on ne s’aime plus, on se visite.
Bolivard a toujours cultivé le contraste. Noir et blanc dans le costume, disco et mélancolie dans la musique, humour absurde et vertige existentiel dans les textes. “Tourisme” s’inscrit parfaitement dans cette bipolarité assumée. Sous ses airs de pop électro lumineuse, le morceau creuse un sillon plus trouble : pourquoi rester quand l’ailleurs semble toujours plus excitant ? Pourquoi approfondir quand swiper suffit ?
La production évolue comme un itinéraire. Les premières mesures respirent l’insouciance, presque la légèreté funk. Puis, progressivement, les textures se densifient, les nappes deviennent plus enveloppantes, comme si le voyage révélait une fatigue cachée. Kazy Lambist entre en scène avec cette élégance nonchalante qu’on lui connaît, apportant une brise méditerranéenne au tableau. Sa voix glisse sur le beat avec une douceur qui contraste subtilement avec le propos désabusé.
Ce qui me touche dans “Tourisme”, c’est cette façon de transformer une critique générationnelle en chanson dansante. On pourrait en faire un essai sociologique ; Bolivard choisit la pop. Et c’est plus fort. Parce que pendant que les corps bougent, le texte s’infiltre. Les relations deviennent des destinations, les sentiments des escales. On consomme, on compare, on repart.
La rythmique électro reste élégante, jamais envahissante. Pas de drop tape-à-l’œil. Juste une progression maîtrisée, presque cinématographique. Cookie Records signe ici une collaboration qui ne repose pas seulement sur deux noms “iconiques”, mais sur une vraie cohérence esthétique.
“Tourisme” agit comme un miroir poli : on s’y reflète en souriant, avant de réaliser que le paysage derrière nous est flou. Bolivard et Kazy Lambist capturent ce flottement contemporain avec une précision pop redoutable. Une chanson qui donne envie de danser… et de rester un peu plus longtemps au même endroit.
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