“I Went Deaf” transforme l’absence en esthétique sonore et rappelle pourquoi French Montana et Max B restent des architectes de la mélancolie bling du rap new-yorkais.
Il y a quelque chose de presque ironique dans ce titre. “Ever Since U Left Me (I Went Deaf)” ne parle pas de silence au sens littéral. Il parle d’un filtrage. D’un monde qui continue de faire du bruit — clubs, sirènes, conversations parasites — mais dont on choisit de couper le son. French Montana et Max B ne crient pas la douleur. Ils l’enveloppent dans un groove qui balance, solaire en surface, fissuré en profondeur.
La prod joue sur cette ambiguïté. Une rythmique old-school subtilement modernisée, des nappes qui rappellent les mixtapes new-yorkaises des années 2000, et cette façon de laisser respirer l’espace entre les kicks. Rien n’est surchargé. Tout est calculé pour que le vide prenne autant de place que les mots. C’est là que le morceau devient intéressant : il transforme la rupture en posture presque aristocratique. “Deaf” comme stratégie de survie.
French Montana, fidèle à lui-même, glisse avec ce flow nonchalant, mi-parlé mi-chanté, qui a toujours fait sa signature. Il ne surjoue pas l’émotion. Il la laisse couler entre deux punchlines, entre deux références à un lifestyle qui ne s’excuse jamais d’être luxueux. Mais sous les diamants, il y a une fatigue. Une lassitude élégante. On sent le poids des histoires répétées, des départs qui laissent un écho.
Puis il y a Max B. Sa présence change la texture. Plus mélodique, presque fantomatique, il apporte cette dimension wave qui a tant influencé une génération entière. Sa voix flotte au-dessus du beat comme un souvenir qui refuse de disparaître. Et soudain, le morceau quitte le simple registre conscious pour devenir introspectif. Pas moralisateur. Juste lucide.
Ce qui me frappe, c’est cette capacité à rendre le spleen presque dansant. Le morceau est énergique, oui. Sexy, même. Mais jamais superficiel. Il y a une tension permanente entre le sourire affiché et la cicatrice invisible. C’est du hip-hop qui comprend que la vulnérabilité peut coexister avec la flamboyance.
“I Went Deaf” ne cherche pas le hit radio évident. Il s’installe. Il s’infiltre. Il rappelle que le rap new-yorkais, quand il revient à ses fondamentaux — attitude, mélodie, storytelling implicite — peut encore produire des morceaux qui sonnent comme des confidences lancées depuis un rooftop du Bronx.
Et au fond, ce “deaf” n’est pas une défaite. C’est une décision. Couper le bruit pour entendre enfin ce qu’on vaut quand quelqu’un s’en va.
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