“Fragmentation” confirme Daren Burns comme un architecte sonore rare, capable de transformer l’avant-garde en expérience viscérale et cinématographique.
Aucune tiédeur dès l’ouverture. La basse fretless de Burns ne se contente pas d’accompagner : elle installe un climat, presque une géographie. On entre dans “Fragmentation” comme dans un film sans image, guidé par des masses sonores mouvantes et des respirations imprévisibles. Le projet, pensé pour double-quartet, rassemble une équipe d’improvisateurs californiens aguerris, tous poussés vers leurs zones de risque créatif.
“Tips for Musicians When Performing in Bars” flotte dans une atmosphère suspendue, entre ironie et observation sociologique. Les lignes se croisent, se frôlent, comme si la scène d’un bar devenait terrain d’expérimentation. À l’inverse, “Bald with a Beard” surprend par son groove funk inattendu : basse élastique, soufflants incisifs, énergie presque espiègle.
“Phone Zombies” adopte un ton plus cinématique, répétitif, évoquant une errance urbaine contemporaine. Puis “Quiet Chaos” assume pleinement son titre : tension latente, éclats free, ruptures dynamiques qui rappellent que le silence est souvent plus violent que le bruit. “Sacred Dilettante” met en avant une clarinette basse presque incantatoire, tandis que “Neither Orangutan nor Robot” glisse vers un territoire quasi science-fictionnel, étrange et fascinant.
Les longues pièces centrales — “Slipshod Demigod” et “Fragmentation” — agissent comme des laboratoires en temps réel. Guitare passionnée, dialogues percussifs, changements de texture constants. Burns ne cherche jamais la linéarité confortable. Il préfère la collision des idées.
“Sheep Miscellaneous Soup” explose dans une densité collective jubilatoire, presque carnavalesque. À l’opposé, “Thoughts and Prayers” ralentit, introspectif, laissant respirer chaque note. Enfin, “Hurt” clôt l’album dans une boucle hypnotique, presque méditative, où la répétition devient catharsis.
Huitième album en leader, “Fragmentation” ne joue pas la carte du consensus. Il exige. Il surprend. Il récompense l’écoute attentive. Jazz, avant-garde, touches moyen-orientales, éclats funk et free : tout cohabite sans jamais sonner collage artificiel.
Daren Burns ne fragmente pas pour perdre l’auditeur. Il fragmente pour mieux révéler la complexité du réel. Un disque à vivre au casque, dans l’obscurité, pour laisser chaque détail stéréo redessiner l’espace intérieur.
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