Dans “Courtenay’s Eyes”, Pranatricks transforme un regard en paysage mental, quelque part entre tension post-punk et mélancolie psychédélique.
Je l’avoue, je ne m’attendais pas à ce type de secousse. Connaissant le versant indie-psych-folk de Pranatricks, je pensais retrouver ses textures brumeuses, ses guitares feutrées, cette spiritualité douce qui traverse ses précédents albums. “Courtenay’s Eyes” prend un autre chemin. Plus nerveux. Plus frontal. Presque inquiet.
La basse ouvre la marche avec une ligne tendue, répétitive, qui installe immédiatement une dynamique post-punk assumée. On pense à cette tradition où la rythmique devient moteur émotionnel, où le groove n’est pas confortable mais électrique. La batterie claque sèchement, sans fioritures. Chaque coup semble vouloir réveiller quelque chose.
Puis la guitare surgit, anguleuse, légèrement abrasive. Elle ne cherche pas à séduire, elle découpe l’espace. Pourtant, derrière cette énergie tendue, subsiste la patte Pranatricks : un sens mélodique discret mais précis, presque caché dans les interstices. La voix flotte au-dessus du tumulte avec une retenue calculée. Elle ne crie pas, elle observe. Ce contraste entre instrumentation nerveuse et chant introspectif crée une tension fascinante.
Ce qui me frappe surtout, c’est la construction du morceau. “Courtenay’s Eyes” avance comme une spirale. Chaque répétition ajoute une couche, un micro-détail sonore, une nuance dans l’interprétation. On sent le producteur derrière l’artiste : les textures sont travaillées, les réverbérations dosées, les espaces soigneusement sculptés. Rien n’est laissé au hasard.
Critiquement, on pourrait questionner le risque de s’aventurer sur un terrain post-punk déjà très exploré. Pourtant, Pranatricks ne se contente pas d’imiter un code esthétique. Il l’intègre dans son propre univers, comme une nouvelle couleur sur la toile de son triptyque discographique. Ce morceau agit presque comme une charnière vers quelque chose de plus vaste, plus cosmique.
“Courtenay’s Eyes” ne cherche pas le tube immédiat. Il installe une atmosphère, une sensation persistante. Une écoute attentive révèle une profondeur émotionnelle qui dépasse la simple énergie rock. C’est un titre qui regarde droit dans les yeux, et qui, sans hausser la voix, impose sa vision avec une intensité troublante.
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