“Polly’s Desires” s’enfonce dans les zones grises du désir et érige le bruit en manifeste intime.
Brighton n’a jamais semblé aussi sombre. Avec “Polly’s Desires”, CARNE quitte les contours indie convenus pour plonger dans une matière plus dense, presque suffocante. Dès l’ouverture, une nappe ambient s’étire comme un brouillard électrique. On n’entre pas dans ce morceau, on y glisse.
La guitare arrive ensuite, saturée mais contenue, comme si elle hésitait entre retenue et explosion. Puis la batterie frappe. Pas une frappe clinique : un battement brut, organique, presque animal. L’enregistrement à Brighton Electric Studios se ressent dans cette texture vivante. Rien n’est aseptisé. On entend l’air circuler entre les instruments.
La voix, centrale, navigue entre murmure et incantation. Elle ne cherche pas la puissance immédiate. Elle installe une tension. Il y a du PJ Harvey dans l’ombre, oui, mais pas dans la copie. Plutôt dans l’attitude. Cette façon de rendre la vulnérabilité dangereuse. “Polly” devient figure multiple, presque mythologique. Pas une muse, mais un miroir.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est la fusion des influences. Les basses trip-hop apportent une profondeur presque hypnotique. Les guitares flirtent avec un grunge tardif, légèrement industriel. Par moments, on perçoit cette énergie nerveuse qui rappelle les montées fiévreuses de la scène post-punk actuelle. Pourtant, CARNE ne se contente pas d’assembler des références. Le morceau respire une cohérence émotionnelle.
Critiquement, “Polly’s Desires” ose la lenteur, ose l’atmosphère. Ce n’est pas un titre construit pour la gratification instantanée. Il demande une immersion. Certains auditeurs impatients pourraient décrocher avant l’explosion finale. Mais ceux qui restent découvrent un climax cathartique, une libération sonore qui justifie chaque seconde d’attente.
Personnellement, j’ai été saisi par cette capacité à transformer l’influence en déclaration personnelle. “Polly’s Desires” ne rend pas hommage de manière nostalgique. Il s’approprie. Il questionne la féminité, l’idolâtrie, la construction de soi à travers les figures qui nous hantent.
CARNE signe ici un morceau qui ne cherche pas à plaire à tout le monde. Il préfère déranger légèrement, envelopper lentement, puis frapper. Une obscurité maîtrisée, viscérale, qui confirme que le groupe a trouvé sa zone de turbulence. Et qu’il compte bien y rester.
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