« Snake Charmer » de Moon Construction Kit tend un miroir déformant à ceux qui suivent aveuglément leurs remèdes, et le reflet est à la fois magnifique et profondément inquiétant.
Lausanne produit des horlogers et des banquiers, dit la légende. Lausanne produit aussi Olivier Cornu, et Olivier Cornu produit Moon Construction Kit, ce terrain de jeu sonore solitaire où la psychédélie baroque, les synthés moody et l’indie rock méticuleusement agencé coexistent dans une tension créatrice permanente. « Snake Charmer » est le dernier fruit de cet univers, et il arrive avec la promesse explicite d’un homme qui sait exactement l’effet qu’il cherche à produire.
Une fête foraine la nuit. L’image proposée par Cornu lui-même est parfaite parce qu’elle dit les deux choses simultanément : la beauté des lumières et le malaise qui s’installe quand on réalise que les attractions tournent un peu trop vite, que les sourires des forains cachent quelque chose d’indéfinissable, que l’émerveillement et l’angoisse partagent exactement le même décor. « Snake Charmer » habite cet espace ambigu avec une maîtrise formelle impressionnante.
Le piano cristallin ouvre le morceau avec cette clarté trompeuse des choses qui semblent innocentes. Le Mellotron arrive ensuite, cet instrument-fantôme qui porte en lui toute la mémoire de la psych-pop des années 60, de la première vague Beatles jusqu’aux expériences les plus sombres du genre, et sa présence transforme immédiatement la texture sonore en quelque chose de plus dense, de plus chargé d’histoire. Father John Misty dans la façon de traiter l’ironie avec un sérieux implacable, Elliott Smith dans la mélancolie qui sourd sous chaque arrangement, Temples dans l’obsession pour les couches qui s’accumulent jusqu’à créer quelque chose de presque organique : Moon Construction Kit porte ces filiations avec une légèreté qui trahit une écoute longue et profonde plutôt qu’une simple collection d’influences déclarées pour plaire aux algorithmes.
Le propos est clinique sous les dorures baroques. Ce moment précis où on réalise que le remède qu’on suivait, qu’il prenne la forme d’une personne ou d’une pilule, est en réalité le problème. Cette lucidité tardive, cette désillusion qui arrive trop tard pour être évitée mais juste à temps pour être racontée, Cornu l’instille dans le morceau comme un poison lent : on ne le sent pas venir, et quand le mantra Big Pharma prend le contrôle dans les dernières mesures, la machine qui déraille produit exactement l’effet prévu.
« Snake Charmer » est un piège élégamment tendu. On y entre volontiers.
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