« Gitanita » est la rencontre improbable entre la terre andalouse et le dancefloor contemporain : STBAN et James Hurr ont compris que le flamenco et la tech house partageaient depuis toujours la même obsession pour la transe, il suffisait de le prouver.
Il y a quelque chose de presque évident, a posteriori, dans cette fusion-là. Le flamenco et la house partagent une caractéristique fondamentale que la plupart des analyses musicales négligent : ce sont deux musiques du corps avant d’être des musiques de l’esprit, deux formes d’art qui passent par la transe, par la répétition hypnotique, par cette relation particulière entre le rythme et l’émotion brute qui court-circuite la raison pour aller directement là où les choses se ressentent plutôt que se pensent. STBAN a grandi dans la culture club des années 90 et a passé sa vie à voyager entre ces deux mondes. « Gitanita » est l’endroit où ils se rejoignent enfin avec une cohérence qui dépasse le simple concept.
Ce qui rend ce morceau remarquable au-delà de sa proposition esthétique, c’est la qualité des voix et des instruments qui y prennent part. Sandra Carrasco n’est pas une figurante exotique plaquée sur une prod électronique pour lui donner de la couleur locale : c’est une chanteuse de flamenco de premier plan dont la voix porte le duende, ce mot espagnol intraduisible qui désigne l’âme sombre et magnétique qui traverse le grand flamenco quand il est vraiment habité. Josemi Carmona n’est pas davantage un décor : guitariste influent et pionnier, ses arpèges ondulants contre les percussions ibériques créent une fondation aussi solide qu’un mur de pierre, sur laquelle James Hurr et STBAN ont eu l’intelligence de ne pas trop construire.
Le mix de James Hurr, qui fait ici ses débuts sur FLAMENCA Records après la collaboration réussie « El Camino » sur Toolroom, révèle un producteur britannique qui a profondément intégré ce qu’il voulait faire avec le matériau qu’on lui confiait. La tech house n’écrase pas le flamenco : elle le soutient, le cadre, lui fournit la pulsation dont il a besoin pour traverser un dancefloor contemporain sans perdre une once de son caractère. Les drums sont précis sans être froids, la basse est présente sans dominer, et dans cet équilibre délicat réside tout le talent de la composition.
« Gitanita », qui signifie simplement petite gitane en espagnol, porte ce diminutif affectueux avec une légèreté de surface qui cache une profondeur émotionnelle considérable. Le mot lui-même est une invitation, presque une confidence, quelque chose qu’on dit à voix basse avant que la musique emporte tout. STBAN a lancé FLAMENCA comme concept et expérience immersive depuis plusieurs années, avec des performances au Montreux Jazz Festival et au World Club Dome. Ce morceau représente l’expression la plus aboutie de cette vision : pas une curiosité ethnomusicale, pas un gimmick de festival, mais une musique qui assume pleinement ses deux identités et les fait coexister avec une grâce naturelle.
Le flamenco a survécu à des siècles de transformations culturelles en restant obstinément lui-même. La house a traversé quatre décennies d’évolutions en gardant sa raison d’être fondamentale. Dans « Gitanita », les deux se reconnaissent.
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