William X Nietzche n’a pas écrit une chanson de rap : il a déposé un dossier juridique en rimes, construit une plaidoirie pour tous ceux qu’on a envoyés mourir dans des guerres qui n’étaient pas les leurs.
Portland, Oregon. Nord Mississippi Avenue. Une maison que la famille Kinney possède depuis 1955, achetée comptant parce que les banques refusaient de prêter aux familles noires à l’époque. Cette adresse-là n’est pas un détail biographique : c’est le point de départ de tout ce que William X Nietzche fait, pense et rappe. Quand les shérifs du comté de Multnomah ont défoncé la porte à l’automne 2020, quand les caméras du monde entier ont pointé leurs objectifs vers ce bout de rue de Portland transformé en zone autonome, il y avait déjà dans cette histoire tous les thèmes que « Fight No Moor » allait mettre en musique quelques années plus tard.
Rappeur et professeur de droit autodidacte. La combinaison est rare à un point qui mérite qu’on s’y arrête. Nietzche a appris le droit constitutionnel non pas dans une fac mais dans la nécessité brute de défendre sa maison contre les banques et la mairie, cette école que Nietzche lui-même appelle avec une ironie amère le nitty gritty law school. Cette double formation, rue et jurisprudence, donne à ses textes une qualité analytique qu’on ne trouve pas dans le rap ordinaire : il ne dénonce pas le système avec des généralités, il en nomme les mécanismes précis, les stratégies de division, les hiérarchies légales qui protègent les uns et écrasent les autres.
« Fight No Moor » fonctionne sur deux niveaux simultanément, et c’est là que réside son intelligence particulière. Fight no more : l’appel à déposer les armes, à refuser les guerres d’un empire qui demande aux communautés noires et autochtones de sacrifier leurs fils pour des mensonges soigneusement entretenus. Et Fight no Moor : la revendication identitaire, ce rappel que le mot Moor porte une histoire et une dignité que le récit dominant a systématiquement effacées. Le titre est un jeu de mots qui est aussi une thèse politique, et cette densité conceptuelle traverse l’ensemble du morceau comme une colonne vertébrale.
Tupac, Muhammad Ali, la résistance au draft, la terre volée aux nations autochtones, la Russie et l’Ukraine comme pions sur un échiquier géopolitique, Hunter Biden et les peines de crack comme illustration vivante de la double mesure de la justice américaine : Nietzche relie les points avec la rigueur d’un juriste et la rage d’un homme dont la famille a failli perdre sa maison ancestrale à cause de ces mêmes systèmes qu’il dissèque. Ce n’est pas de la théorie du complot : c’est de l’analyse historique rappée sur un beat hypnotique qui donne à la pensée le rythme dont elle a besoin pour pénétrer les endroits que l’argument seul n’atteint pas toujours.
Blanc, Noir, Amérindien, membre inscrit de la tribu Upper Skagit : Nietzche porte en lui plusieurs des histoires que l’Amérique a tenté de faire taire, et « Fight No Moor » en est la synthèse sonore, personnelle et politique à la fois.
La Maison Rouge de Mississippi est toujours debout. Et Nietzche rappe toujours.
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