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Music Rock

Sargassi perd le contrôle pour enfin se retrouver sur « Va’ dove t’importa, cuore »

Sargassi perd le contrôle pour enfin se retrouver sur « Va’ dove t’importa, cuore »
  • Publishedmars 23, 2026

« Va’ dove t’importa, cuore » trace chez Sargassi une cartographie sensible où chaque faille devient une direction possible.


Il y a des disques qui donnent des réponses. Celui-ci préfère ouvrir des brèches. « Va’ dove t’importa, cuore » n’avance pas en ligne droite : il bifurque, hésite, revient sur ses pas, puis repart ailleurs. Et c’est précisément dans cette instabilité que Sargassi trouve sa cohérence.

Dès « Non esisti neanche », quelque chose se fissure. Le réel vacille, l’absence devient presque tangible, comme une présence inversée. Les guitares flottent légèrement au-dessus du sol, pendant que la voix installe une distance ironique, presque désabusée, comme si l’émotion refusait d’être frontale.

« L’ora d’aria » resserre l’étau. Le morceau pulse différemment, plus nerveux, avec cette sensation d’enfermement intérieur qui ne demande qu’à exploser. Mais Sargassi ne cède jamais complètement. Il maintient une tension, une lucidité qui empêche le débordement total.

Puis vient « Lo stallo », territoire plus trouble, où tout semble suspendu. Ni fuite, ni résolution. Juste cet entre-deux, inconfortable, où l’on reste parce qu’on ne sait pas vraiment partir. Musicalement, ça tangue légèrement, comme si le morceau lui-même hésitait sur la direction à prendre.

« Colpa dei Cure » introduit une respiration différente. L’ironie devient plus visible, presque pop dans son approche, mais jamais légère. Il y a derrière ce jeu avec les références une forme de fatigue affective, une répétition des attentes qui finissent par s’éroder.

« Vedi di star male » ose quelque chose de plus cru. Le titre lui-même annonce la couleur, mais le morceau surprend par sa capacité à rendre le ressentiment presque élégant. La colère ne déborde pas, elle s’installe, froide, maîtrisée.

Avec « Un giorno qualunque », le quotidien prend une dimension presque dramatique. Rien d’extraordinaire en apparence, mais tout vibre légèrement plus fort. Les guitares se font plus directes, plus ancrées, comme un rappel que même l’ordinaire peut contenir des bascules.

« Maginot » creuse encore plus loin. La métaphore devient terrain de jeu, mais un terrain chargé. On sent le poids des défenses qu’on construit pour ne pas ressentir — et leur inefficacité progressive.

« Ologramma » marque un glissement vers quelque chose de plus spectral. Le morceau semble se dissoudre au fur et à mesure, comme une mémoire qui ne tient plus tout à fait. L’électronique y apporte une texture étrange, presque irréelle.

« Arsenali » tranche net. Explosion contenue, mais réelle. Tout ce qui s’accumulait trouve ici une forme de libération, sans pour autant résoudre quoi que ce soit. Juste une décharge nécessaire.

Et puis « La funicolare » referme — ou plutôt ouvre autrement. Retour à quelque chose de plus léger en apparence, presque aérien, mais chargé de tout ce qui précède. Le mouvement devient symbolique : monter, descendre, accepter de ne pas être stable.

Sargassi ne cherche jamais à embellir ce qu’il raconte.

Il le rend habitable.

Et dans cette manière de mêler ironie, lucidité et mélancolie sans jamais tomber dans la posture, « Va’ dove t’importa, cuore » s’impose comme un disque rare : profondément humain, profondément imparfait — donc profondément juste.

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Written By
Extravafrench

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