« Gold » est Shafkkat perdu dans la ville à 2h du matin, narrant et participant simultanément : sa voix traitée efface la frontière entre l’observateur et l’observé, et c’est là que le morceau brille vraiment.
Taz Hussain dit que Londres est sa plus grande influence culturelle. Pas un genre musical, pas un artiste formateur, pas une époque : une ville entière, avec tout son bruit, toutes ses cultures superposées, toutes ces nuits qui se ressemblent et qui ne se ressemblent jamais. Cette façon d’absorber l’urbain comme matière première sonore donne à la musique de Shafkkat une qualité documentaire qui la distingue de la tech house plus abstraite : on y est, physiquement, dans des rues précises, à des heures précises.
« Gold » capture l’attraction intoxicante de la nuit londonienne, dit-il. Ce mot, intoxicante, est choisi avec soin : pas séduisante, pas lumineuse, mais intoxicante, avec ce qu’il implique de perte de contrôle progressive, de dissolution des contours entre soi et l’environnement. Joy Orbison et Overmono planent sur le morceau comme des références pleinement assumées, et on entend cette filiation dans la façon dont la production traite le vide : ces espaces entre les éléments ne sont pas du silence mais de la texture, de la brume sonore qui fait que le morceau respire comme une ville qui transpire encore après minuit.
Les rythmes UK garage submerges constituent la fondation rythmique avec cette qualité particulièrement londonienne du genre : syncopé, pressant, avec cette urgence de basse qui remonte dans les semelles avant de remonter dans la colonne vertébrale. Par-dessus, les nappes atmosphériques créent cette hazeuse désorientation qui correspond exactement à l’état émotionnel décrit : se sentir perdu et fané dans la ville, cette expérience particulièrement urbaine d’être entouré de millions de gens et de n’appartenir à aucun d’eux.
La voix traitée de Shafkkat est la décision la plus intelligente du morceau. En se traitant lui-même comme un élément de production plutôt que comme un interprète traditionnel, il efface la distinction entre le narrateur et le sujet : il n’est pas quelqu’un qui raconte la nuit londonienne, il en est une partie, aussi dissous dans l’atmosphère que les synthés qui l’entourent.
Rinse FM, DJ Mag, Faze Magazine, vinyl via Vinyl Moon : Shafkkat construit sa présence dans la scène londonienne avec la patience de quelqu’un qui sait que cette ville récompense rarement la précipitation.
« Gold » brille dans l’obscurité. C’est souvent là que les choses les plus précieuses se trouvent.
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