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Music Rock

Hi Ho, Six Shooter! serre le cœur américain avec « Close as Kin »

Hi Ho, Six Shooter! serre le cœur américain avec « Close as Kin »
  • Publishedavril 7, 2026

« Close as Kin » prouve que Hi Ho, Six Shooter! n’est pas revenu pour rejouer son folklore : le groupe revient avec une chanson qui regarde la famille, les liens et la mémoire comme on regarde un feu de camp au petit matin — avec chaleur, fatigue et vérité.


Ce qui me plaît d’emblée dans « Close as Kin », c’est la manière dont le morceau refuse le grand numéro du retour. Beaucoup de groupes qui reviennent après des années veulent immédiatement transformer leur simple réapparition en légende : on te sert la résurrection, l’épiphanie, la grande revanche. Hi Ho, Six Shooter! fait quelque chose d’infiniment plus touchant. Le groupe revient comme reviennent les gens qui ont vécu. Pas plus glorieux, pas moins cabossés, mais plus justes. Et cette justesse se ressent immédiatement dans « Close as Kin », chanson qui ne joue pas au western de carte postale, mais à une forme plus rare : celle du lien humain examiné à hauteur d’épaule, avec ses fidélités têtues, ses failles, ses traces encore chaudes.

Le morceau possède cette qualité très difficile à atteindre dans l’alt-country et l’indie folk : il garde la poussière sans tomber dans le fétichisme poussiéreux. On sent les racines américaines, bien sûr — la route, le bois, le cuir, l’écho des chansons qui se transmettent plus qu’elles ne se consomment — mais le morceau n’est jamais prisonnier de son décor. Il y a dans l’écriture un mouvement plus ample, presque romanesque, qui empêche « Close as Kin » de se contenter d’être “authentique”. Le groupe ne cherche pas à sonner vrai ; il sonne vécu. Et ce n’est pas du tout la même chose.

La grande réussite de Hi Ho, Six Shooter!, ici, c’est d’avoir gardé ce qu’il faut d’ironie visuelle — les chemises western, les bolo ties, les grands chapeaux presque trop beaux pour être innocents — tout en laissant entrer une émotion beaucoup plus nette, beaucoup plus nue. « Close as Kin » semble dire : oui, on a toujours le goût du costume, du récit un peu larger than life, du panache country mal peigné ; mais désormais on sait que les vraies chansons commencent là où les personnages tombent un peu. C’est exactement ce qui se passe ici. Le morceau a quelque chose d’un pas ralenti sur un parquet fatigué, d’un geste retenu, d’un sourire qui revient après une longue saison sèche.

J’aime particulièrement la façon dont la chanson traite la proximité. Le titre, « Close as Kin », ouvre une question plutôt qu’il n’apporte une réponse. Qu’est-ce qui fait famille, vraiment ? Le sang, l’histoire, la fidélité, les survivances partagées, les gens qui restent quand le décor a changé ? Le morceau ne théorise jamais. Il laisse les images et la chaleur des arrangements faire leur travail. Et c’est beaucoup plus fort ainsi. Il y a dans cette manière de ne pas trop expliquer une confiance rare : celle du groupe qui sait que la vraie profondeur n’a pas besoin d’être commentée en direct.

Musicalement, on est dans un équilibre très réussi entre alt-country, folk-pop et cette petite rugosité indie rock qui empêche tout de sombrer dans la jolie nostalgie bien pliée. Les instruments semblent jouer ensemble comme des compagnons de route revenus d’un détour un peu trop long. Rien n’est clinquant, tout est à sa place. On entend des gens qui connaissent le pouvoir d’un break bien placé, d’un accord tenu juste assez, d’une respiration entre deux lignes. Il y a du métier, bien sûr, mais surtout il y a cette chose plus précieuse : du recul. La musique sait ce qu’elle perdrait à trop appuyer.

Hi Ho, Six Shooter! réussit ainsi quelque chose de très beau : écrire une chanson sur la connexion humaine sans l’envelopper de morale ou de sentimentalisme automatique. « Close as Kin » ne lève pas une bannière sur “les valeurs” ou “l’appartenance”. Il capte quelque chose de plus trouble, de plus adulte : la façon dont les liens se redéfinissent avec le temps, la façon dont certaines présences finissent par compter plus que les définitions officielles.

Au fond, c’est peut-être ça qui rend ce retour si convaincant. Le groupe n’est pas revenu pour réactiver une vieille image de lui-même. Il est revenu avec davantage de gravité, davantage de tendresse, et cette conscience magnifique que les histoires les plus fortes ne sont pas toujours celles qu’on raconte dans les saloons mythiques, mais celles qui se jouent au plus près de nous, entre quelques silhouettes qui, contre toute logique, continuent à se reconnaître.

« Close as Kin » n’a pas besoin de faire de bruit pour laisser une marque. Il avance calmement, comme quelqu’un qui sait exactement d’où il vient et qui a enfin compris que la vraie élégance consiste parfois à chanter moins fort, mais plus vrai.

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Written By
Extravafrench

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