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Music Rock

Reetoxa transforme « Soliloquy » en cathédrale rock de 26 morceaux

Reetoxa transforme « Soliloquy » en cathédrale rock de 26 morceaux
  • Publishedavril 7, 2026

Avec « Soliloquy », Reetoxa ouvre les archives d’une vie entière et les propulse dans un opéra rock immense, fiévreux, orchestral, où chaque titre ressemble à une chambre secrète enfin déverrouillée.


Ce qui frappe d’abord dans « Soliloquy », c’est son échelle. Pas seulement sa durée, pas seulement son format de double album, mais sa démesure intérieure. On sent immédiatement qu’on n’est pas face à une collection de chansons, mais devant une architecture. Une œuvre bâtie contre le temps, contre l’oubli, contre la peur d’avoir trop vécu pour ne rien en faire. Reetoxa n’a pas composé ce disque pour accompagner une époque : il l’a arraché à plusieurs époques de sa propre vie, puis l’a resserré jusqu’à n’en garder que l’os, le nerf, le vertige. Le résultat a quelque chose de profondément romanesque : un album qui n’avance pas en ligne droite, mais par réapparitions, secousses, retours de flamme et aveux tardifs.

L’ouverture, « REETOXA », pose le blason et le chaos en même temps. C’est une entrée en matière qui ne cherche pas la politesse : elle annonce un univers, une identité, une manière de dire au monde “voilà d’où ça parle”. « INSATIABLE » pousse ensuite l’appétit plus loin, dans une urgence presque physique, tandis que « AKAROA » ouvre déjà une autre fenêtre, plus vaste, plus géographique, presque cinématographique dans sa façon de faire voyager la mémoire. Puis arrive « BOTTLE », survivant ancien, morceau-souche, celui qui semble porter en lui la généalogie entière du disque. On y entend ce que « Soliloquy » sera toujours au fond : une conversation avec les restes.

La première grande traversée affective se déplie avec « DANCING WITH LOU », « THRIFT SHOP DRESS », « THE LISA SONG » et « GOWN ». Ici, Reetoxa excelle dans un art très rare : rendre les prénoms et les objets plus chargés qu’un manifeste. Une robe de friperie, un prénom, une silhouette, une danse — et soudain le rock devient littérature sentimentale, mais sans mièvrerie, avec ce qu’il faut de sueur, de poussière et de trouble. « TRUCE » agit comme une suspension fragile, presque un cessez-le-feu intérieur, avant que « JOSEPHINE » et « JADE EYES » ne relancent la machine émotionnelle dans une veine plus frontale, plus hantée par la beauté impossible de ce qu’on ne récupère jamais tout à fait.

Le centre du disque est peut-être son endroit le plus fascinant. « ALCOHOL 2 » ne rejoue pas la chute, il la regarde dans les yeux. « DEMAND PERFECTION » sonne comme une mise en procès de soi-même, une chanson écrite depuis le banc des accusés par quelqu’un qui connaît trop bien le poison de l’exigence. « ERICA AND THE STARS » élargit le cadre, remet du ciel au-dessus du vacarme, pendant que « TIMOR LESTE » et « STARE AT THE SEA » déplacent encore l’album vers quelque chose de plus contemplatif, plus lointain, presque géopolitique par éclats, mais toujours ramené à une perception intime. Reetoxa a cette qualité précieuse : même quand il regarde au large, il n’écrit jamais en touriste émotionnel.

Puis vient la grande zone de turbulence. « SCHITZO WALTZ » est un titre magnifique, presque expressionniste, qui laisse deviner une danse mentale de plus en plus instable. « LOVE KEEPS BURNING STILL » refuse l’extinction et remet du brasier dans les ruines. « YOU DESERVE BETTER THAN ME » fait exactement ce que son titre promet : il ouvre une plaie nette, sans détour, dans une forme de lucidité romantique presque insupportable tant elle est juste. « PURPLE VEIN » et « DRESS ME UP » déplacent encore la matière vers le corps, le costume, l’apparence, le sang qui circule sous les fictions de soi.

Et puis l’album repart à la guerre contre le monde et contre lui-même. « WAR KILLER » est un titre-programme, une collision entre la violence extérieure et le désir de l’abolir. « GIRLS ROCK » arrive alors comme une poussée d’air, un geste de relance, avant que « WAKE UP LUCY » ne sonne comme un appel lancé à quelqu’un d’autre, ou à une version endormie de soi. « STRONG » porte évidemment une charge de reconstruction, mais sans l’optimisme en plastique des chansons de résilience standardisées. Ici, la force est cabossée, gagnée, presque arrachée. Et « ALRIGHT », en clôture, n’est pas une conclusion triomphale. C’est mieux que ça. C’est une sortie respirable. Une manière de dire que survivre à un disque pareil, c’est déjà produire une forme de paix.

Ce qui rend « Soliloquy » si singulier, au-delà de son ambition folle, c’est cette impression que chaque titre a été vécu longtemps avant d’être enregistré. L’orchestre européen n’est pas là pour faire “grand”. Il sert à élargir la chambre d’écho. À donner aux souvenirs, aux peurs, aux addictions, aux visages aimés ou perdus, une ampleur presque mythologique. Reetoxa ne livre pas un double album pour collectionneurs de rock. Il livre une vie remontée sous haute tension, 26 titres comme 26 stations d’un même système nerveux. « Soliloquy » ne demande pas qu’on l’écoute distraitement. Il demande qu’on entre. Et une fois dedans, il devient très difficile d’en sortir indemne.

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Written By
Extravafrench

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