« Parallax Dream » de softreboot agit comme une cassette abîmée qu’on refuse de jeter — une dérive sensorielle où le passé se rejoue en se déformant.
J’ai eu cette sensation étrange, presque physique, comme si le morceau ne voulait pas rester à la même distance de moi. « Parallax Dream » avance, recule, se floute, revient. Rien n’est fixe. Et c’est précisément ce flottement qui le rend aussi troublant : on ne sait jamais vraiment si l’on est en train d’écouter ou de se souvenir.
softreboot ne compose pas, il altère. Il prend une matière déjà chargée — le shoegaze, ses nappes, ses guitares diluées dans la saturation — et il la fait glisser vers autre chose. Moins nostalgique que spectral. Moins romantique que dysfonctionnel. Ici, la guitare n’est pas un mur, c’est un voile. Elle tremble, elle vacille, elle laisse passer des interférences.
Et ces interférences sont partout. Dans les textures, dans les micro-coupures, dans ces détails presque invisibles qui donnent au morceau cette impression de bug maîtrisé. Ce n’est jamais frontal. C’est diffus, presque organique. Comme si le morceau lui-même vieillissait pendant qu’il joue.
La voix, elle, ne cherche pas à exister au-dessus. Elle accepte de se dissoudre. Et c’est là que quelque chose se passe. Elle devient une trace plus qu’une présence. Une empreinte sonore, fragile, qui s’accroche à ce qui reste. On ne l’écoute pas pour comprendre, mais pour ressentir ce qu’elle transporte malgré elle.
Ce que je trouve particulièrement fort, c’est cette manière de traiter le temps comme une matière instable. « Parallax Dream » ne regarde pas en arrière avec nostalgie — il regarde de travers. Il décale les perspectives. Il nous oblige à accepter que ce qu’on croyait figé est en réalité en train de glisser lentement hors du cadre.
Musicalement, tout repose sur cet équilibre fragile entre densité et disparition. Les couches s’accumulent, mais jamais jusqu’à l’opacité. Il y a toujours des trous, des respirations, des zones où le morceau semble hésiter à continuer. Et ces hésitations deviennent presque plus importantes que les moments pleins.
Il y a aussi quelque chose de profondément contemporain dans cette approche. Cette idée que la mémoire n’est plus fiable. Qu’elle se recompose, se corrompt, se rejoue avec des défauts. softreboot ne cherche pas à réparer ça. Il l’accepte. Il l’intègre. Il en fait même le cœur de son esthétique.
Et c’est là que « Parallax Dream » dépasse le simple exercice de style. Il devient une expérience. Une manière de ressentir autrement ce qu’on pensait déjà connaître.
Le morceau ne se donne pas immédiatement. Il demande qu’on reste un peu, qu’on accepte de perdre en clarté pour gagner en sensation. Mais une fois qu’il s’installe, il laisse quelque chose de persistant. Une impression difficile à formuler, mais impossible à ignorer.
Comme ces souvenirs qui ne sont plus exacts, mais qui continuent pourtant de nous définir.
« Parallax Dream » ne cherche pas à être retenu. Il accepte déjà d’être oublié.
Et c’est précisément pour ça qu’il reste.
Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :
