Ray’s Music Exchange retrouve le feu sur « A Live Family Rayunion 2025 »
« Quinze ans sans album live, puis six morceaux enregistrés devant un Woodward Theater complet : Ray’s Music Exchange revient avec ce qui lui va probablement le mieux — une scène, un public qui bouge, des musiciens capables de changer de direction en plein morceau et suffisamment de cuivres pour faire vaciller les murs. »
Il faut commencer par « Furley’s Comet », sept minutes qui résument assez bien pourquoi Ray’s Music Exchange conserve depuis trois décennies ce statut de groupe culte à Cincinnati. Ici, le groove n’est jamais une boucle immobile. Il sert plutôt de terrain commun à des instrumentistes qui peuvent s’écarter, se répondre, épaissir brusquement l’ensemble puis revenir vers la pulsation initiale. Cette idée d’“Exchange”, inscrite jusque dans le nom du collectif, prend tout son sens en concert : quelque chose circule constamment entre les musiciens et la salle.
A Live Family Rayunion 2025 documente précisément cette circulation. Enregistré au Woodward Theater lors d’une soirée à guichets fermés, le disque constitue leur premier témoignage live depuis quinze ans. La formation locale — Brad Myers à la guitare, Michael “Maddog” Mavridoglou à la trompette et aux claviers, Nick Blasky à la basse, Jason Smart à la batterie et Matthew Hawkins aux percussions — accueille ici une nouvelle génération de musiciens de Cincinnati, dont plusieurs membres de la formation afrobeat-funk Ernie Johnson from Detroit, ainsi que le saxophoniste Josh Kline et le tromboniste Spencer Merk.
Le deuxième morceau, « Quartalchondriac 12-tone Jam », annonce presque son programme avec un sourire de musicien. Le titre évoque à la fois l’harmonie quartale, le dodécaphonisme et le plaisir très concret du jam : autrement dit, un terrain potentiellement cérébral auquel le groupe refuse de retirer le swing. C’est l’une des qualités historiques de Ray’s Music Exchange. Leur jazz-fusion peut devenir complexe, mais l’ambition reste toujours de maintenir la musique en mouvement. La sophistication n’est pas censée immobiliser la piste.
« We Like You » resserre ensuite le format à un peu plus de quatre minutes. Après les développements plus étendus des deux premières pièces, ce morceau rappelle que le collectif sait aussi condenser son langage. Les racines funk deviennent particulièrement importantes dans ce type de séquence : une basse lisible, des attaques franches, un sens du placement collectif qui rend l’écriture immédiatement physique sans sacrifier le détail des arrangements.
« Peruvius » redonne de l’espace aux instrumentistes. Sur plus de six minutes, l’album retrouve ce rapport à l’improvisation hérité de la scène jam-band américaine des années 90, période pendant laquelle Ray’s Music Exchange a construit l’essentiel de sa réputation. Le groupe n’a cependant jamais été réductible à cette seule culture. Jazz-fusion, funk progressif, psychédélisme et goût du jeu collectif s’y superposent depuis les débuts, avec plusieurs compositions signées par le claviériste fondateur Paul Hogan.
Puis arrive « Dancing About Architecture », titre délicieusement paradoxal pour un morceau instrumental. Parler de musique peut parfois donner l’impression de danser à propos d’architecture ; Ray’s Music Exchange semble ici choisir les deux. La pièce est plus courte, nerveuse, et rappelle surtout que derrière la réputation de virtuoses se trouve un collectif qui n’a aucune difficulté à être ludique. Le sérieux des musiciens n’exige jamais que la musique le soit constamment.
« U ’N’ I » clôt la sélection et donne au disque une dernière occasion de revenir à ce qui constitue probablement sa véritable matière première : l’ensemble. Pas seulement le groupe historique, mais la famille élargie qui s’est constituée autour de lui. Le terme “Rayunion”, utilisé depuis leur réunion de 2010, est devenu plus qu’un simple jeu de mots. Après une première période d’activité débutée en 1996, plusieurs albums indépendants, des tournées américaines puis une longue pause à partir de 2006, ces retrouvailles ponctuelles se sont transformées en rendez-vous presque rituels.
La collaboration avec les cuivres d’Ernie Johnson from Detroit donne à cette édition 2025 un supplément de masse particulièrement adapté au répertoire. Leur approche afrobeat et dance dialogue naturellement avec le funk-jazz de Ray’s Music Exchange, sans donner l’impression d’un featuring plaqué sur une vieille formule. Au contraire, le concert met en présence plusieurs générations d’une même scène instrumentale et laisse cette rencontre modifier le son.
C’est probablement ce qui empêche A Live Family Rayunion 2025 de devenir un simple objet nostalgique destiné aux fidèles des années 90. Bien sûr, il y a toute une histoire derrière ces six morceaux : trente ans d’existence, une scène locale, des membres qui reviennent, un public qui connaît déjà les codes. Mais l’album ne demande pas d’avoir assisté aux premières soirées pour entrer dans la fête.
« Furley’s Comet », « Quartalchondriac 12-tone Jam », « We Like You », « Peruvius », « Dancing About Architecture » et « U ’N’ I » racontent finalement la même chose sous six formes différentes : certaines musiques vieillissent mal lorsqu’on tente de les conserver sous verre. Celle de Ray’s Music Exchange semble avoir choisi une autre solution. Réunir tout le monde, brancher les amplis, faire entrer les cuivres et voir ce qui arrive.
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