Il n’y a pas de retour possible quand on s’est brûlé à l’intérieur. Il reste des cendres, du bruit, et parfois, avec un peu de chance, un osselet incandescent à exhumer : Newborn Fossil est cet ossement, ce fragment de rage sédimentée, de désillusion lucide, de beauté fracassée par les années. Marcus: the Apex Predator!, groupe de Detroit formé par Kevin Watts et Nick Marko, ressurgit après une longue mise en veille comme une bête qui aurait affûté ses crocs dans le silence.
L’EP s’ouvre sur “Newborn Fossil”, morceau-titre, manifeste immédiat : un riff anguleux en guise d’alerte rouge, la batterie qui claque comme une gifle dans une ruelle humide, et cette voix rauque, mi-chargée d’espoir, mi-lassée du monde. C’est un cri primal modernisé, une renaissance par la fureur, à la croisée de At the Drive-In et des fragments les plus lumineux de Fugazi. Ce n’est pas un retour : c’est une éruption.
Vient ensuite “Lo-Fi”, faussement modeste dans son titre, mais riche d’une complexité émotionnelle rare. Le morceau joue sur la dissonance comme sur un fil : grésillements, descentes rythmiques abruptes, guitares qui grincent comme des souvenirs mal digérés. L’écriture se fait plus introspective, presque murmure, jusqu’à l’explosion finale. Une chanson comme un polaroid abîmé d’une jeunesse qui refuse de se dissoudre.
“The First Summer” est le cœur battant de l’EP : un mid-tempo qui conjugue tension et beauté, comme si Sunny Day Real Estate s’était retrouvé à jammer avec Slint. C’est un morceau-souvenir, où les guitares évoquent des soirs trop chauds, trop longs, trop pleins d’attentes. La voix se fissure, le refrain s’ouvre comme une faille, et on sent que le morceau raconte un âge révolu. Il ne cherche pas à le retrouver, juste à s’en souvenir sans tomber.
“Plenty & Shine” est peut-être la pièce la plus surprenante : un groove presque dansant, qui ramène un peu de lumière dans la pénombre ambiante. Le chant y devient incantation, les riffs sont plus aériens, flirtant avec un post-punk chatoyant. Mais comme toujours chez M:tAP!, la légèreté est vite rattrapée par une nappe sombre. C’est un faux espoir en clair-obscur, comme une éclaircie dans une ville post-industrielle.
Enfin, “No Fraction” referme l’EP comme on claque une porte trop longtemps restée entrouverte. Tout ici est fragmentation : la structure est cassée, la métrique bancale, les guitares tranchantes. Le morceau est un collage nerveux, où l’on entend presque les machines de Tempermill Studios cracher les dernières braises de cette énergie enregistrée. Un morceau-manifeste, coup de poing final dans une lutte pour l’identité, pour le son, pour l’existence même du projet.
Newborn Fossil est un rite de passage, un feu de joie monté sur les ruines de soi. Un EP abrasif mais profondément humain, un condensé de rage artisanale et de beauté déchue. Un cri du cœur dans une époque qui murmure trop. Un fossile, oui. Mais incandescent. Et toi, que reste-t-il de toi à exhumer ?
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