Il y a dans “Teenage Scum” quelque chose d’irrésistiblement familier. Pas dans le sens confortable, mais dans celui qui remue des souvenirs qu’on croyait éteints : la moiteur d’une chambre à coucher aux murs tapissés de posters, les riffs de guitare enregistrés à l’arrache entre deux devoirs, et ce besoin vital de hurler qu’on existe — même si personne n’écoute. Avec ce single, les frères Grossenbacher, alias Art Pop, transforment la banalité du mal-être adolescent en manifeste lo-fi à fleur de peau.
Max et Miles, duo originaire d’Austin, tissent leur musique comme on écrit un journal intime sous influence : un peu Radiohead pour l’aliénation rampante, un zeste de Car Seat Headrest pour l’autodérision désespérée, du LCD Soundsystem pour la nervosité dansante, et surtout un amour profond pour les imperfections, pour les voix qui craquent et les prises qu’on garde « parce que c’était la bonne ».
“Teenage Scum” est ce moment de bascule entre deux âges : trop jeune pour ne pas ressentir tout, trop lucide pour espérer être compris. Il y a dans le morceau une énergie sale, râpeuse, urgente, mais jamais gratuite. Ce n’est pas de la colère posée sur une instru — c’est un rite de passage. L’enregistrement s’est fait entre les murs parentaux, à coups de Google Drive une fois que Miles est parti pour l’université, comme une tentative désespérée de figer une époque avant qu’elle ne disparaisse.
Et si ce single annonce un LP intitulé “This Is Art Pop”, il ne s’agit pas d’une blague méta ou d’un pastiche arty : c’est une déclaration d’intention sincère. Art Pop, c’est le son d’un groupe qui n’a pas encore les moyens mais déjà les idées. De ceux qui ne demandent pas la permission pour exister, parce que ça fait trop longtemps qu’on les traite de déchets — et qu’ils ont fini par en faire une armure.
Il y a quelque chose de fragile, de vrai, et de résolument nécessaire dans cette rage canalisée. On a envie de crier avec eux.
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