J’ai mis le casque, j’ai fermé les yeux, et tout de suite la sensation d’une vitre qui se fissure, d’un miroir qui m’avale. Ce nouveau single de Murder Sermon, Through the Eyes of the Mirror, n’est pas un titre qu’on écoute distraitement : c’est une expérience sensorielle, auditive et visuelle, un combat entre le chaos et la précision, un éclat de verre planté dans la peau.
Le morceau se déploie comme une tempête soigneusement chorégraphiée. Les guitares, furieuses, tracent des arabesques de feu, capables de passer d’une rafale death metal à des cassures de rythme si lourdes qu’on croit entendre une cathédrale s’écrouler. La batterie, elle, n’accompagne pas : elle prophétise. Chaque roulement résonne comme un verdict, chaque accélération comme une mise à mort. Et puis, au milieu de cette brutalité, surgissent des respirations, des suspensions qui ressemblent à des halètements — comme si le morceau lui-même prenait le temps de se regarder en face dans son miroir fêlé avant de replonger dans la rage.
L’intelligence de Murder Sermon, c’est de ne jamais confondre vitesse avec précipitation. Leur écriture est collective, organique, mais guidée par une obsession : repousser les limites sans perdre la cohérence. Jérémie, le guitariste, plante les graines, mais c’est l’alchimie du groupe qui fait pousser cette forêt sonore, noire et dense. On sent qu’ils enregistrent dans un lieu familier, Avatar Productions près de Rouen, non pas comme dans un studio impersonnel, mais dans une maison hantée qu’ils connaissent par cœur. Cela leur donne la liberté d’expérimenter, de creuser chaque riff jusqu’à ce qu’il devienne un cri.
Ce qui me fascine, c’est la manière dont ce single annonce déjà un album plus ambitieux. On pressent que Through the Eyes of the Mirror n’est pas qu’une mise en bouche : c’est une porte d’entrée vers un monde plus vaste, un univers où le métal ne se contente plus d’être brutal, mais devient une sorte de miroir brisé tendu à l’époque. En l’écoutant, je n’entends pas seulement la rage de Rouen : j’entends un groupe qui veut écrire une nouvelle grammaire pour son genre, où la violence brute se mue en langage, et où le chaos devient, paradoxalement, un ordre supérieur.
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