On aurait pu croire qu’Alec La Roche resterait un éternel bassiste de l’ombre, solide sideman passé par le punk, le jazz et l’Americana. Mais Nothing On The Grid, son premier EP solo, le propulse dans une autre dimension : celle d’un architecte sonore qui ose faire dialoguer l’urgence du garage punk avec les volutes du bebop, la luxuriance du funk et les pulsations froides de l’électronique. Résultat : un disque qui refuse toute case, mais qui respire une cohérence organique, parce qu’il est guidé par une obsession centrale — la basse comme cœur battant.
Dès New Era, pièce monumentale de plus de dix minutes, La Roche pose le manifeste : une ligne de basse hypnotique ouvre un paysage en expansion, bientôt traversé par des synthés qui semblent se nourrir de cette gravité pour décoller. On pense à l’endurance d’un jam jazz, mais sous perfusion d’électronique futuriste. C’est un morceau qui prend le temps de s’étirer, comme si l’artiste construisait brique après brique sa propre cathédrale sonore, refusant les formats convenus.
Next To You explore une veine plus intime : un groove souple, presque sensuel, où la basse dialogue avec des textures synthétiques légères comme des nappes de soie. Ici, La Roche laisse poindre l’empreinte de ses années passées sur la route, au contact des musiques de proximité — un morceau qui pourrait se jouer dans un club enfumé à minuit autant que dans un open air au lever du soleil.
Avec Digital Bloom, c’est un contraste saisissant : l’organique cède un peu de terrain au numérique pur, mais sans jamais s’y dissoudre. Le morceau évoque une floraison mécanique, des rythmes programmés qui s’entrelacent avec une ligne mélodique vibrante. Là où d’autres sombreraient dans la froideur, La Roche injecte une chaleur insoupçonnée, rappelant que même dans le pixel, il y a du vivant.
Enfin, Let Go vient clore l’EP comme une libération. La basse y est moins dominante, presque en retrait, laissant place à une montée progressive où l’énergie devient collective, comme si tous les styles traversés jusque-là trouvaient un point de convergence. C’est à la fois une fin et un commencement, un morceau qui dit : lâcher prise, c’est entrer dans le flux.
Ce qui frappe dans Nothing On The Grid, c’est que malgré les influences multiples — de Daft Punk à Jaco Pastorius, de Charlie Parker à Earth, Wind & Fire — La Roche ne tombe jamais dans le pastiche. Il digère, transforme et recrée une grammaire personnelle. On n’écoute pas un patchwork, mais le récit d’un musicien qui a trimballé sa basse dans les clubs, les routes poussiéreuses et les studios, et qui a décidé, enfin, de dessiner sa propre carte.
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