Le morceau ne se contente pas d’exister, il s’efface sous nos yeux. Disappear, nouveau single de Tropigloom, agit comme une coulée lente, une brume sonore où chaque note semble vouloir se dissoudre dans la suivante. Derrière ce projet solo, le Canadien Andrew Roy met à nu ce qu’on cache derrière les écrans de fumée, ces tentatives maladroites de masquer la douleur par l’ivresse ou l’oubli, avant que la lucidité ne revienne frapper, trop fort, trop tard.
Ce qui frappe dans cette chanson, c’est la façon dont Roy joue de la dualité entre beauté et malaise. Les guitares, héritières directes de My Bloody Valentine et Slowdive, saturent l’espace comme un voile de brouillard, un cocon dans lequel on se laisse glisser. Mais sous cette tendresse texturée, les basses traînent une lourdeur presque suffocante, une gravité qui rappelle Interpol ou même certains titres plus sombres de The Cure. C’est un son à la fois intime et expansif, fragile et massif, où l’on sent toujours le risque de basculer.
La voix, mixée à demi ensevelie, porte une confession plus qu’un chant. Elle n’exhibe rien, elle chuchote, comme si les mots eux-mêmes avaient peur de se montrer trop clairement. Et pourtant, dans ce retrait, une vérité brute surgit : l’aveu d’une spirale, la peur de ne plus savoir comment revenir en arrière. Le titre est bien choisi : « disparaître », non pas comme une disparition spectaculaire, mais comme une lente évaporation de soi.
Ce deuxième extrait de l’EP Everything Now But In Reverse (à paraître le 9 novembre 2025) confirme que Tropigloom est un projet qui regarde l’ombre en face sans chercher à la maquiller. Andrew Roy, qu’on a déjà vu sur les routes avec Hannah Georgas et parmi divers collectifs torontois, s’autorise ici un geste personnel, débarrassé des compromis de groupe. Sa musique est à la fois lo-fi et ample, nostalgique et contemporaine : l’écho d’un passé réinventé au présent.
Écouter Disappear, c’est accepter de se laisser avaler par une mélancolie sans issue, mais où subsistent, par instants, des éclats de lumière. Comme une main tremblante qui se tend, encore, au milieu du vertige.
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