C’est un peu comme tomber dans un rêve en slow motion. wait and see de Pozzy ne fait pas de bruit, ne cherche pas le choc ni le spectacle — il respire lentement, dans un clair-obscur où chaque note semble suspendue à un souffle. Loin du grime originel et de sa violence électrique, Pozzy sculpte ici un son d’une douceur quasi liquide, une bulle introspective où les pulsations se fondent dans la brume.
Ce qu’il appelle du mellow grime trouve ici toute sa définition : une mutation du genre, une mue sensible, comme si l’agressivité de Londres s’était dissoute dans la lumière tamisée d’un matin d’hiver. On entend le beat, oui, mais il n’explose pas : il s’écoule, fluide, presque timide, laissant la place à l’espace, à l’air, à la respiration. Le morceau fonctionne comme une décompression — une plage sonore qui nettoie le mental, un glitch émotionnel entre la nostalgie et l’apaisement.
Instrumental et pourtant narratif, wait and see évoque un monde intérieur en équilibre précaire. Il n’y a pas de voix, mais il y a des intentions. Des textures électroniques se superposent, les basses s’étirent comme un fil tendu, et quelque part au milieu, un piano spectral fait office de témoin. On a l’impression que Pozzy cherche la sérénité dans la confusion, qu’il écrit la bande-son d’une génération qui veut avancer sans savoir vraiment où.
Ce morceau n’est pas une démonstration, c’est une esquisse. Un geste fragile, précis, presque minimaliste. Et c’est cette retenue qui fascine. Pozzy a compris que le grime n’a plus besoin d’être frontal pour rester subversif — il suffit de le ralentir, de le dépouiller, de le rendre poreux à l’intime. Là où Skepta aurait hurlé son chaos, lui choisit la nuance. Il ne s’impose pas : il contemple.
Dans wait and see, chaque fréquence semble portée par la foi discrète de quelqu’un qui attend sans désespoir. C’est le son d’un Londres post-bruit, d’un jeune artiste qui regarde sa propre génération avec bienveillance et vertige. Pozzy n’invente pas seulement un son : il fabrique un état d’âme. Et ce qui frappe, c’est à quel point cette paix — fragile, mouvante, à la lisière du silence — finit par être bouleversante.
Écouter wait and see, c’est comme s’arrêter un instant dans la tempête pour regarder le vent passer. Rien ne bouge, mais tout change.
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