Un morceau qui te fait danser pendant que ton cerveau rumine, coincé entre euphorie nocturne et introspection au petit matin.
Avec Under My Skin, Hugo Steakman signe un premier pas particulièrement troublant dans ce qu’il appelle lui-même l’hyperdisco. Un mot-valise qui pourrait faire lever les yeux au ciel, mais qui prend ici tout son sens dès les premières secondes. Car ce titre n’est pas un simple banger de club, ni une confession électro nombriliste. C’est un espace intermédiaire, un entre-deux moite où le corps avance pendant que l’esprit hésite.
La pulsation arrive vite, franche, presque insolente. Une rythmique qui flirte avec la techno mélodique sans jamais s’y enfermer, teintée d’un groove disco distordu, comme vu à travers un miroir de vestiaire après trois heures de danse. Ça brille, ça tape, mais ça ne sourit jamais complètement. Il y a toujours cette légère tension, ce quelque chose qui gratte sous la surface, fidèle au titre.
Ce qui frappe chez Hugo Steakman, c’est cette manière très instinctive de faire cohabiter l’excès et le doute. Under My Skin pourrait facilement sombrer dans l’hédonisme pur, mais il choisit une autre voie : celle de la mélancolie dansante. Les synthés montent, saturés, presque euphorisants, puis se replient, laissant apparaître une forme de fragilité. Comme si la fête servait avant tout à masquer une question plus profonde, jamais formulée clairement, mais constamment présente.
La voix, traitée sans emphase inutile, agit comme un fil intérieur. Elle ne domine pas le morceau, elle l’habite. Elle glisse entre les couches sonores, parfois absorbée par elles, parfois remise en avant, créant un sentiment d’intimité paradoxale au cœur d’un dispositif taillé pour les clubs. On a l’impression d’écouter quelqu’un qui parle à lui-même au milieu d’une piste bondée, casque sur les oreilles, regard perdu dans les stroboscopes.
Techniquement, le morceau est d’une redoutable précision. Chaque texture semble pensée pour dialoguer avec la suivante. Rien n’est décoratif. Même les éléments les plus brillants portent une légère amertume, comme si la disco avait appris à vieillir sans renier son goût pour l’excès. On sent chez Hugo Steakman une vraie culture électronique, mais surtout une envie de tordre les formats, de ne pas livrer un produit trop lisse, trop immédiatement consommable.
Under My Skin fonctionne aussi comme une promesse. Celle d’un EP à venir qui s’annonce plus introspectif que la moyenne des sorties club. Une musique qui assume l’idée que danser peut être un acte réflexif, presque thérapeutique. Que la répétition peut servir à comprendre, pas seulement à oublier. Ce n’est pas une nostalgie disco, ni une fuite hyperpop. C’est une tentative de réconcilier le mouvement et la pensée.
À l’écoute, on se surprend à hocher la tête tout en analysant ce qui se joue réellement. Et c’est précisément là que le morceau réussit son pari : il ne choisit jamais entre le corps et l’esprit. Il les laisse cohabiter, parfois maladroitement, souvent brillamment. Under My Skin n’est pas une chanson qui cherche à plaire à tout prix. C’est un morceau qui s’infiltre, lentement, et qui reste. Comme une nuit trop intense dont on ressent encore les battements bien après que la musique s’est arrêtée.
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