La chanson Aphrodite ne réclame pas la couronne, elle abandonne le jeu — et dans son sillage, la liberté devient musique.
Avec Aphrodite Leaves, Chloe Dunn ne se contente pas d’emprunter à la mythologie grecque : elle la désarme, la retourne, et en extrait une vérité brûlante de modernité. Le récit originel est connu, presque usé par des siècles de répétition masculine : trois déesses, un concours de beauté, un homme chargé de juger. Dunn, elle, refuse ce cadre. Elle imagine une autre issue. Une échappée. Aphrodite choisit de partir avant le verdict, avant le regard, avant la réduction. Un geste simple, presque joyeux, mais radical.
Musicalement, le morceau épouse cette idée de libération progressive. L’introduction installe une tension douce : une viola en arpèges, vivante, circulaire, posée sur un Wurlitzer introspectif qui semble suspendre le temps. Rien d’ostentatoire. Tout respire. La voix de Chloe Dunn arrive comme une confidence lucide, éthérée sans jamais être fragile. Elle sait où elle va. Elle sait surtout ce qu’elle refuse.
La construction est hypnotique, mais jamais linéaire. Les cordes — violons et violas — s’empilent lentement, avec une théâtralité maîtrisée, presque cinématographique. On sent la compositrice, la cheffe d’orchestre solitaire, qui dirige chaque montée sans chercher l’explosion. L’électronique, discrète mais décisive, pousse le morceau vers un sommet émotionnel qui n’a rien de démonstratif. Ici, l’élévation n’est pas une victoire, c’est un relâchement. Quand la musique se dissout finalement dans une brume rêveuse, ce n’est pas une fin : c’est une respiration retrouvée.
Ce qui frappe dans Aphrodite Leaves, c’est son humour sous-jacent. Un sourire fin, presque ironique, face à un mythe qui n’avait jamais envisagé la possibilité du refus. Chloe Dunn ne moralise pas, elle propose. Elle n’explique pas, elle affirme. Les paroles fonctionnent comme des mantras concis, des phrases simples qui portent une charge émancipatrice puissante.
Cette esthétique correspond parfaitement à l’univers de Chloe Dunn : une artiste totale, multi-instrumentiste, qui transforme la scène en espace rituel, quelque part entre concert, performance et incantation. Son approche décloisonnée — entre musique classique, électronique et narration — donne naissance à des œuvres profondément expressives, hors format, hors injonction.
Aphrodite Leaves est un morceau idéaliste, oui, mais dans le sens le plus noble du terme. Il rappelle que la douceur peut être une force, que partir peut être un acte politique, et que parfois, la plus belle réponse au jugement reste le silence… suivi d’une musique céleste.
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