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Mortal Prophets sur « Hide Inside The Moon »ou se dissoudre dans la lumière nocturne pour mieux comprendre le monde

Mortal Prophets sur « Hide Inside The Moon »ou se dissoudre dans la lumière nocturne pour mieux comprendre le monde
  • Publishedfévrier 5, 2026

Cet album ne se cache pas dans la lune : il y disparaît volontairement, comme on s’efface d’un rêve trop lucide pour rester intact.

Avec Hide Inside The Moon, Mortal Prophets signe un disque qui ne cherche ni la frontalité ni la séduction immédiate. John Beckmann, cerveau mouvant et regard cinématographique du projet, poursuit ici son œuvre de glissement : glissement entre les genres, entre les états de conscience, entre l’intime et le spectral. Plus qu’un album, c’est une zone flottante, un territoire lunaire où l’americana fantôme croise le dream pop psychédélique, où les guitares shoegaze se dissolvent dans des nappes électroniques comme des souvenirs mal fixés.

Le disque avance par visions fragmentées. Mad Girl’s Love Song, inspiré de Sylvia Plath, ouvre une brèche émotionnelle troublante : une chanson courte, presque murmurée, où la romance vacille, hantée par la folie douce et l’abandon. Beckmann ne cite pas la poésie, il l’absorbe. Même logique pour Desert Of No End (Cy Twombly), morceau aride et contemplatif, où les textures semblent griffonnées à même le silence, comme des traces laissées sur une toile trop grande pour être comprise d’un seul regard.

La force de Hide Inside The Moon réside dans sa capacité à créer une narration sans récit. My Future Past joue avec le temps comme une matière malléable, donnant l’étrange sensation que demain est déjà un souvenir. Eyes In The Sky, plus mélodique, installe une paranoïa douce, presque cosmique, pendant que Blue Velvet convoque une esthétique lynchienne sans jamais tomber dans le pastiche : néons humides, désir trouble, beauté inquiétante.

Les voix — celles de Tanner McGraw et Lawson Mars — apparaissent et disparaissent comme des figures croisées dans un rêve. Elles ne dominent jamais les morceaux, elles les traversent. Sur Devil Doll, la pop se fait malsaine et séduisante, tandis que I Am A Hermit (Kenneth Anger – Puce Moment) flirte avec l’ésotérisme et l’underground occulte, clin d’œil assumé aux marges artistiques qui nourrissent l’ADN du projet.

Beckmann compose comme un metteur en scène de l’invisible. Les chansons ne montent pas, elles dérivent. Hide Inside The Moon, morceau central, agit comme un manifeste : se retirer du réel non par lâcheté, mais pour observer autrement. Plus loin, Not By Light Nor By Flame étire une mélancolie quasi spirituelle, pendant que Twilight’s Last Embrace ferme l’album comme un rideau lent, dans une lumière crépusculaire.

Mortal Prophets livre ici un disque profondément habité, érudit sans être théorique, sensoriel sans être décoratif. Hide Inside The Moon ne demande pas à être compris : il demande à être habité, la nuit, casque sur les oreilles, quand le monde devient enfin silencieux.

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Written By
Extravafrench

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