Liam Laird signe avec avec « Looking to the Sky » un premier album qui regarde le monde droit dans les yeux, entre racines terrestres et élans célestes, sans jamais perdre le sens du collectif.
Un souffle ample, presque géographique, traverse Liam Laird dès les premières mesures. Looking to the Sky ne s’ouvre pas comme un album de jazz classique, mais comme un carnet de voyage intérieur, une suite de paysages émotionnels où chaque composition agit comme un point de repère. Ici, le jazz n’est ni démonstratif ni nostalgique : il est vécu, incarné, façonné par des années d’écoute, de transmission et de communauté.
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Dès Passing Clouds, Laird installe son langage. Le thème avance avec une élégance patiente, porté par une rythmique souple et respirante. Le saxophone n’impose rien, il suggère, comme si la mélodie observait le ciel changer plutôt que de vouloir le maîtriser. Ce rapport au temps — étiré, contemplatif — deviendra la colonne vertébrale du disque.
Splashin opère ensuite un léger basculement. Plus organique, presque joueur, le morceau s’appuie sur une interaction remarquable entre la batterie de JK Kim et la basse de Leighton Harrell. On y entend l’influence du groove, mais jamais figée : chaque accent semble surgir d’un sourire échangé en studio. Laird y déploie un phrasé fluide, parfois chantant, parfois plus anguleux, qui rappelle que la virtuosité n’a de sens que lorsqu’elle sert l’élan collectif.
Avec Patn’t, l’album plonge dans une zone plus introspective. Les harmonies s’assombrissent légèrement, la guitare d’Erika Toda dessine des textures presque impressionnistes. Le morceau donne l’impression d’un pas de côté, d’un moment suspendu où le jazz flirte avec l’art-rock et l’ambient sans jamais perdre son ancrage rythmique. C’est un titre qui demande une écoute attentive, presque physique.
M.J.’s Prayer agit comme un cœur battant. Le thème y est plus frontal, presque spirituel, porté par une écriture qui évoque autant la tradition du jazz afro-américain que son rôle de musique de libération. Le saxophone s’y fait voix, prière laïque, rappelant que ce disque est aussi un geste de gratitude envers celles et ceux qui ont transmis cette musique.
Proposition réintroduit le mouvement. Plus affirmé, plus structuré, le morceau joue sur la tension entre écriture précise et liberté d’improvisation. On y sent la formation pédagogique de Laird, mais surtout son refus de l’esbroufe : chaque note est pesée, chaque silence compte.
Enfin, Kompish clôt l’album comme un clin d’œil complice. Plus rythmique, presque dansant par instants, il résume l’esprit du projet : une musique exigeante mais accueillante, ancrée dans la tradition tout en restant résolument tournée vers l’avenir.
Looking to the Sky n’est pas un manifeste tapageur. C’est un album qui élève doucement, qui rassemble plutôt qu’il ne divise, et qui rappelle que le jazz, lorsqu’il est joué avec honnêteté et respect, reste un formidable espace de partage. Un premier disque habité, déjà mature, qui regarde loin — et juste.
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