« Chapter 5: No Hope », signé Butch Against The Machine, ressemble à un carnet brûlé écrit à la guitare, page après page, sans relecture possible.
Écouter Chapter 5: No Hope, c’est accepter de se tenir à côté de quelqu’un pendant qu’il joue pour rester debout. Pas pour convaincre. Pas pour séduire. Juste pour survivre au vacarme intérieur. Derrière le nom Butch Against The Machine, Jeff Dambrosio ne fabrique pas des morceaux : il documente des états. Chaque titre semble enregistré au moment exact où il ne pouvait plus être retenu.
Dès Hazy, la guitare n’installe pas une ambiance, elle vacille. Le son est épais, légèrement trouble, comme si la saturation avait été captée avant même d’être maîtrisée. On ne sait jamais si le riff avance ou s’effondre, et c’est précisément là que le morceau accroche : dans cette instabilité permanente.
Burning Tree enchaîne sans prévenir, porté par une répétition presque maladive. Le riff tourne, insiste, refuse de s’éteindre. Rien de spectaculaire, mais une sensation physique immédiate, celle d’un feu qui ne flambe pas mais consume lentement.
Avec Scourge of Suburbia, Butch semble régler ses comptes avec un décor mental plutôt qu’un lieu précis. La guitare devient abrasive, les accords claquent comme des portes qu’on referme trop fort. Ce n’est pas un cri, c’est une pression continue.
Les morceaux courts comme MCMCXII ou Cradle agissent comme des fragments de pensée. Des pauses nerveuses. Des moments où la main tremble avant de replonger dans le bruit. Rien n’est décoratif : même le silence semble chargé.
S.O.L. et Lazy jouent un jeu cruel avec leurs titres. Rien de paresseux ici. Les riffs sont lourds, étirés, presque écrasants. La lenteur devient une arme, une façon d’imposer le poids plutôt que la vitesse.
Le disque s’épaissit avec Harvesting, Per Contra et Meat Glue. Là, l’improvisation atteint quelque chose de presque rituel. Les motifs se répètent jusqu’à l’hypnose, comme si la guitare cherchait à épuiser une idée avant de la laisser mourir.
Don’t Know assume pleinement le doute. Le morceau avance sans direction claire, volontairement bancal, comme une pensée qui refuse de se fixer. Claw mord plus court, plus sec, presque instinctif.
Puis Regression étire le temps. Long, pesant, il donne l’impression d’un retour forcé vers des zones déjà explorées, déjà douloureuses. Rien n’est résolu, tout est rejoué.
Et enfin No Hope. Pas un final explosif, mais une extinction lente. Le titre ne dramatise pas le désespoir, il le constate. Froidement. Sans pathos. Comme une vérité acceptée.
Chapter 5: No Hope n’est pas un album confortable. Il ne cherche pas à être compris immédiatement, encore moins aimé. Mais il possède une honnêteté rare : celle d’un musicien qui ne corrige pas ses émotions, qui les laisse sortir telles quelles, même quand elles dérangent.
Dans un monde saturé de productions lisses, Butch Against The Machine rappelle que le rock, le stoner, le metal peuvent encore être des lieux de vérité brute. Pas des genres, mais des refuges. Des endroits où l’on joue parce qu’on n’a rien d’autre. Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin d’entendre.
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