“Squirrel Samba” révèle chez Jon Gold un art du mouvement où la virtuosité devient malice et la samba, terrain de jeu orchestral.
On attendait peut-être la contemplation, la délicatesse introspective. Jon Gold choisit l’espièglerie. “Squirrel Samba” surgit comme une course imprévisible à travers les branches d’une forêt harmonique, vive, agile, presque acrobatique. Le titre amuse, mais la musique, elle, ne plaisante pas : c’est une mécanique subtile, un jeu d’équilibre permanent entre rigueur rythmique et liberté mélodique.
Dès l’introduction, le piano installe un motif bondissant. Les syncopes se répondent avec cette précision qui trahit l’amour profond de Gold pour les architectures brésiliennes. La samba ici n’est pas carte postale ; elle est charpente. Les accents sont déplacés, les contretemps affûtés. On entend le dialogue constant entre la main gauche – ancrée, percussive – et la main droite, plus aérienne, presque narrative.
Ce qui me fascine, c’est la façon dont “Squirrel Samba” évite la démonstration gratuite. La virtuosité circule, mais elle est toujours au service d’un élan collectif. La section rythmique respire, donne du rebond, crée cet effet de propulsion qui rappelle les grandes formations brésiliennes sans jamais les imiter frontalement. Les arrangements, d’une finesse remarquable, laissent filtrer des couleurs jazz plus urbaines, presque new-yorkaises par moments, comme si Rio et Manhattan s’étaient donné rendez-vous dans le même studio.
Le thème principal possède cette qualité rare : immédiatement accrocheur, mais harmoniquement riche. À chaque réécoute, de nouvelles nuances apparaissent. Une modulation inattendue. Une ligne secondaire glissée dans les cordes. Un détail de percussion qui redessine l’espace sonore. Gold compose comme un architecte qui cache des passages secrets dans ses plans.
“Squirrel Samba” incarne la dimension la plus joueuse de l’album. Là où d’autres titres explorent la mémoire ou l’hommage, celui-ci célèbre le mouvement pur. Une énergie vive, presque juvénile, qui donne envie de sourire autant que de danser. On sent un compositeur en pleine maîtrise de son langage, capable de faire cohabiter sophistication et spontanéité.
Jon Gold prouve avec ce morceau que la samba peut être à la fois cérébrale et jubilatoire. “Squirrel Samba” n’est pas un simple interlude rythmé : c’est un manifeste miniature. La preuve qu’un groove finement pensé peut encore surprendre, déplacer, électriser.
Et l’écureuil, finalement, court plus vite que prévu.
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