Avec “Superhuman”, Joseph Schwartz transforme l’algorithme en ampli Marshall et signe un manifeste arena-rock mutant, où chaque genre devient une version alternative du même héros.
Il y a chez Joseph Schwartz quelque chose d’obsessionnel et de presque conceptuel : l’idée que la chanson pop n’est plus une limite, mais un terrain d’expérimentation augmenté. Sur “Superhuman”, l’artiste de Chicago ne se contente pas d’écrire un titre. Il le décline, le fracture, le déplace dans six univers sonores comme on testerait les multiples versions d’un même mythe sous différentes lumières.
“Rock Superman” ouvre le bal comme un générique de film d’action des années 80 qu’on aurait laissé tourner trop longtemps dans un studio rempli de racks numériques. Guitares héroïques, chœurs gonflés à l’hélium, batterie martiale : tout est pensé pour l’arène. La ligne mélodique, volontairement verticale, grimpe vers le refrain comme si elle cherchait à percer le plafond du stade. On est dans l’AOR pur jus, mais dopé à une virtuosité presque démesurée.
“Rock Superman – turbo” pousse l’idée jusqu’à l’excès. Les tempos s’accélèrent, les solos s’étirent, la section rythmique devient plus tranchante. Ce n’est plus seulement un hymne, c’est une démonstration. Schwartz joue avec l’idée de la performance surhumaine, comme si la machine refusait la fatigue. L’intention n’est pas subtile : elle est spectaculaire, assumée, presque provocatrice.
Puis le virage. “Pop Superman” simplifie l’architecture, recentre la dynamique sur le hook. Les synthés prennent le dessus, les guitares s’arrondissent. Le héros quitte la scène du stade pour la radio FM, mais garde cette posture conquérante.
“Country Superman” et “(Modern) Country Superman” déplacent le mythe vers les grands espaces. Guitares acoustiques, pulsation plus terrienne, mélodie plus narrative. La version moderne injecte des éléments plus contemporains – production plus lisse, rythmique plus massive – comme si Nashville rencontrait l’algorithme.
Enfin, “Folk Superman” referme l’EP sur une forme d’intimité presque ironique. Le super-héros devient conteur. Les arrangements se dépouillent, laissant respirer la structure. Là où la première piste cherchait la hauteur, celle-ci cherche la proximité.
“Superhuman” n’est pas qu’un EP multi-genres : c’est un laboratoire. Joseph Schwartz ne se contente pas de traverser les styles, il les met à l’épreuve, les teste contre la même matrice lyrique. Résultat : un projet à la fois démonstratif et intriguant, qui interroge la frontière entre prouesse technique et émotion. Un super-héros de studio, peut-être. Mais un super-héros qui, au moins, ose se multiplier.
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