Avec « Chasing the Dragon », Brian Bee Frank transforme un demi-siècle de rock en confession vibrante : un EP où la rage du monde, la fuite du temps et la nostalgie des idéaux perdus se croisent dans des guitares brûlantes.
Le rock possède parfois cette étrange capacité à survivre aux décennies comme une braise qui refuse de s’éteindre. Chez Brian Bee Frank, cette braise s’est nourrie d’une vie entière passée dans la musique. « Chasing the Dragon » n’est pas simplement un nouveau disque : c’est la voix d’un musicien qui a traversé plusieurs générations de rock et qui choisit aujourd’hui de parler seul, sans groupe pour se cacher derrière.
Originaire de Suède, Frank n’arrive pas ici en débutant. Son parcours remonte aux années où le rock se construisait encore dans les clubs enfumés et les studios analogiques. Après avoir mené plusieurs formations, notamment dans les années 70 et 80 puis au sein de Killer Bee durant près de trois décennies, le musicien ouvre enfin un chapitre plus intime. « Chasing the Dragon » marque ce moment précis où l’on décide de signer son propre manifeste.
Le disque s’inscrit dans une tradition très claire : celle du classic rock qui refuse de mourir. Les guitares y tiennent une place centrale, épaisses mais chaleureuses, portées par une section rythmique solide et par la présence presque organique d’un Hammond qui rappelle les grandes heures du rock des années 70. Peter Gillström et Mikael Dahlin façonnent des riffs robustes tandis que Pelle Karlsson enveloppe les morceaux de nappes d’orgue profondes.
Mais l’intérêt de l’EP réside surtout dans ses thèmes. Le morceau « Hate » agit comme une secousse. Inspiré par les fractures contemporaines, il évoque la disparition d’un idéal que Frank a connu enfant : l’époque où les slogans de paix et d’amour semblaient encore possibles. La chanson ne prêche pas, elle constate. Elle laisse la colère filtrer entre les guitares.
Plus loin, « Living in the Changes » semble adopter un ton plus contemplatif. Le titre reflète cette sensation familière d’un monde qui évolue trop vite pour être vraiment compris. La musique accompagne ce vertige avec un groove rock solide, presque stoïque.
La pièce la plus poignante reste probablement « Time ». Frank y regarde le temps avec la lucidité de quelqu’un qui a vécu suffisamment longtemps pour comprendre sa vitesse. Le morceau ne s’abandonne pourtant jamais à la mélancolie totale : les guitares y gardent une énergie obstinée, comme si la musique restait une manière de résister.
« Shake It Loose » introduit une respiration plus directe, presque festive, rappelant que le rock possède aussi cette fonction cathartique de relâcher la pression. Puis « Let Me Come Home » referme l’EP sur une note plus introspective, presque confessionnelle.
Enregistré en Suède avec de nombreuses collaborations à distance, le disque adopte une approche artisanale à l’opposé des productions hyper-polies d’aujourd’hui. Ici, aucune technologie miracle ne vient lisser les imperfections. Les chansons vivent de leurs aspérités.
« Chasing the Dragon » ressemble finalement à une conversation entre passé et présent.
Un rappel simple mais précieux : certaines voix de rock n’ont jamais cessé de chercher la flamme.
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