« even in an ending » est la chanson d’une artiste qui a décidé d’arrêter de se raconter pour commencer à raconter les autres : Amelie Jat y trouve une liberté nouvelle, et cette liberté-là s’entend à chaque mesure.
Grandir à Hong Kong, battre de la caisse dès l’âge de trois ans, atterrir à Londres et construire patiemment une identité pop suffisamment singulière pour atteindre le top dix des charts commerciaux : le parcours d’Amelie Jat ressemble à une trajectoire tracée au cordeau, logique et maîtrisée. Et puis « even in an ending » arrive et révèle que la maîtrise peut aussi servir à tout déconstruire.
Le titre lui-même porte cette tension productive entre l’achèvement et la persistance. Dans une fin, quelque chose demeure. Quoi exactement ? Jat refuse de répondre, et ce refus n’est pas une esquive mais une décision artistique pleinement assumée : cette chanson-là appartient à celui qui l’écoute, pas à celle qui l’a écrite. Ce glissement du biographique vers l’universel marque le basculement central de cette nouvelle ère, le passage d’une pop centrée sur le moi vers une pop qui se met au service de l’autre, de l’observé, du vécu par procuration.
La production signée Agon Branza joue un rôle déterminant dans cette métamorphose. Là où NONCHALANT misait sur la clarté commerciale, sur cette brillance de surface propre à une certaine pop contemporaine, « even in an ending » choisit l’ombre, la texture, la respiration lente. Les structures conventionnelles s’assouplissent jusqu’à presque disparaître, laissant place à quelque chose de plus cinématique, de plus fluide, de plus proche du score que de la chanson pop au sens strict. C’est une production qui fait confiance au silence, qui laisse les notes s’évaporer avant d’en poser de nouvelles, qui comprend que le vide est une information sonore comme une autre.
Ce que Jat appelle la lumière au bout du tunnel, pas dans un sens bruyant mais dans un sens calme et ancré, se traduit musicalement par cette façon qu’a le morceau de progresser sans jamais forcer. La folk pop en constitue l’ossature, fragile et résistante à la fois comme ces arbres qui plient dans le vent sans se rompre, et l’expérimental vient en périphérie, suggéré plutôt qu’imposé. La voix de Jat, débarrassée de la pression du hit, trouve ici une qualité d’intimité qu’on n’avait pas encore entendue dans son catalogue : moins performative, plus habitée, comme si le fait de ne plus parler d’elle lui avait paradoxalement permis d’être davantage elle-même.
Elle dit avoir changé sa façon d’écrire, abandonné le titre comme point de départ pour se jeter d’abord dans le flux de conscience avant que les mots ne deviennent des paroles. Cette méthode plus désordonnée produit une honnêteté différente, moins construite, plus accidentellement vraie. On entend cette différence dans « even in an ending » : les images ne cherchent pas à être belles, elles cherchent à être justes. Et la justesse, quand elle est vraiment atteinte, finit toujours par être belle de toute façon.
Première sortie de 2026. « Buckle up », dit-elle. On a déjà bouclé.
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