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Sentinel Events transforme « Comorbidites » en autopsie sonore de notre époque

Sentinel Events transforme « Comorbidites » en autopsie sonore de notre époque
  • Publishedavril 16, 2026

« Comorbidites » de Sentinel Events dissèque le réel comme un dossier clinique absurde, où chaque morceau devient un symptôme de plus dans un monde déjà saturé.

Il faut prendre cet album comme on ouvre un rapport médical trop long.

Pas pour tout comprendre d’un coup, mais pour sentir progressivement ce qui cloche.

« Comorbidites » n’est pas un disque qui cherche l’unité confortable. C’est un système fragmenté, une accumulation de tableaux sonores qui, mis bout à bout, dessinent une forme de vertige contemporain. Une satire, oui, mais jamais gratuite. Toujours ancrée dans quelque chose de tangible.

Et tout commence avec « Comorbidites, The Game! ».

Un faux départ, ou plutôt un démarrage volontairement instable. Le morceau agit comme un protocole expérimental. Il introduit l’idée que tout ici sera jeu, mais un jeu biaisé, presque cruel. Les structures sont courtes, abruptes, comme si le groupe refusait d’installer un cadre trop rassurant. On entre dans l’album sans transition.

Directement dans l’inconfort.

« Dinosaur Juice », lui, étire le terrain. Plus construit, mais toujours imprévisible, il donne l’impression d’un organisme en mutation. Les guitares grincent, les rythmiques avancent de travers, et pourtant, une cohérence étrange se dessine. C’est un morceau qui avance comme une anomalie assumée.

Puis « Bad Radiation ».

Sans doute l’un des points de tension les plus évidents du projet. Ici, tout semble saturé. Le son, l’énergie, l’intention. Le morceau fonctionne comme une métaphore sonore d’un environnement trop chargé. Trop d’informations, trop de signaux, trop de bruit. Et cette surcharge devient presque physique à l’écoute.

« Garden of the Gods » arrive alors comme un mirage.

Plus court, plus aéré en apparence, mais jamais vraiment apaisé. C’est une respiration qui n’en est pas une. Une pause qui garde en elle la trace du chaos précédent. Le calme est instable.

« Florence Nightingale » change légèrement de perspective.

On entre dans quelque chose de plus incarné, presque narratif. La figure du soin apparaît, mais elle est immédiatement contaminée par l’univers du disque. Rien n’est pur ici. Même l’idée de guérison semble traversée par une inquiétude latente.

Avec « Sadie Hawkins », l’album glisse vers une émotion plus lisible, mais toujours filtrée. Il y a une forme de nostalgie, peut-être, mais jamais frontale. Toujours légèrement décalée, comme si le groupe refusait de céder complètement à la sincérité.

Puis « Cold Planet », dans sa version remix.

Un moment de déformation pure. Le morceau devient presque abstrait, comme si l’album se repliait sur lui-même pour se reconfigurer. Une lecture alternative, plus froide, plus distante.

Et enfin « White Coat Syndrome ».

Une conclusion qui n’en est pas vraiment une. Plutôt une persistance. Une tension qui reste. Le morceau ne ferme rien, il prolonge. Il laisse l’auditeur dans cet état étrange où tout semble analysé, mais rien vraiment résolu.

« Comorbidites » fonctionne comme une cartographie du trop.

Trop d’idées, trop de styles, trop de signaux — mais jamais de manière chaotique au hasard. Tout est pensé comme un ensemble de coexistences. Comme ces pathologies multiples qui ne s’annulent pas, mais s’additionnent.

Et c’est précisément là que l’album trouve sa force.

Il ne simplifie pas le monde.

Il le reflète tel qu’il est devenu :

fragmenté, ironique, instable.

Et étrangement cohérent dans son désordre.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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