« Ezekiel Gauthier découpe l’amour en trois états : l’ivresse, la chair, puis le vertige. »
« Teenage Dark Love » ouvre le bal comme une apparition.
Pas une intro classique, mais une immersion directe dans une émotion déjà installée. Le morceau agit comme une chambre obscure où tout est déjà chargé : désir, tension, confusion. Les nappes électroniques s’étirent comme des néons dans la nuit, froids mais attirants, pendant que la voix d’Ezekiel flotte entre présence et disparition. Il y a quelque chose de spectral ici, comme si le sentiment était déjà en train de s’échapper au moment même où il naît. C’est un titre impose une atmosphère, un climat émotionnel presque étouffant.
Puis « Bones and All » vient briser cette distance.
Ici, plus de filtre. Le morceau descend d’un cran dans le corps, dans quelque chose de plus tangible, presque organique. Les textures deviennent plus denses, plus ancrées, comme si l’émotion avait pris du poids. La voix semble plus proche, moins protégée. Ce n’est plus une projection, c’est une exposition. Le titre porte bien son nom : il ne reste rien à cacher. L’amour n’est plus une idée ou une sensation diffuse : il devient une matière qu’on porte, qu’on subit, qu’on laisse nous traverser sans contrôle.
Et puis « Bliss and Kiss » arrive comme un faux souvenir.
Un retour à quelque chose de plus lumineux en apparence, mais qui sonne déjà fragile. Il y a dans ce morceau une douceur presque trompeuse, une légèreté qui cache mal ce qui a été fissuré avant. Les mélodies accrochent plus facilement, la sensualité revient, mais elle est teintée d’une forme de lucidité. Comme si l’innocence avait été définitivement altérée.
Ce qui rend l’EP fascinant, c’est cette construction inversée.
On ne part pas de la découverte pour aller vers la chute : on commence déjà dans le trouble, on plonge, puis on remonte à la surface sans jamais retrouver l’état initial.
Ezekiel Gauthier ne raconte pas une histoire d’amour.
Il en dissèque les états successifs, sans jamais chercher à les embellir.
Trois titres, trois manières de ressentir trop fort.
Et cette sensation persistante, à la fin, que certaines émotions ne guérissent pas —
elles changent juste de forme.
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