« “Lamentations” de Crescent donne l’impression d’un disque arraché au doute, où chaque morceau porte encore les traces de sa propre reconstruction. »
On sent dès les premières secondes que ça n’a pas été simple. Pas dans le sens dramatique ou romantisé du terme, mais dans cette densité presque physique du son, comme si chaque piste avait été retravaillée jusqu’à trouver sa forme juste. Crescent ne livre pas un EP poli, il expose un processus. Et ça change tout.
“Milogather Pt1” installe une tension lente, presque cérémonielle. Ça monte sans se presser, avec cette impression d’entrer dans quelque chose de plus grand que le morceau lui-même. Puis “Milogather Pt2” prolonge ce mouvement, mais en le tordant légèrement, comme si le rituel se fissurait de l’intérieur. Une continuité, oui, mais jamais confortable.
“Sin Again” vient trancher plus net. Plus frontal, plus accrocheur, mais toujours avec cette nervosité sous-jacente qui empêche le morceau de basculer dans une simple efficacité rock. Ce qui me frappe ici, c’est cette capacité à maintenir une tension même dans les moments les plus accessibles.
Et puis “Water Buffalo” surprend. Une respiration, presque pastorale, où le groupe laisse apparaître une autre facette. Plus acoustique, plus errante, comme une dérive entre deux états. Mais là encore, rien n’est totalement apaisé. Il y a toujours ce léger déséquilibre qui rend l’écoute intéressante.
“Green Veil” joue davantage sur le groove, mais un groove décalé, jamais linéaire. On sent le groupe s’amuser avec les structures, sans jamais perdre cette cohérence globale. Et enfin, “Bells Palsy” vient refermer l’ensemble avec une énergie plus brute, presque physique. Un morceau qui avance avec une forme de détermination étrange, comme s’il fallait absolument aller jusqu’au bout.
Ce qui me marque dans Lamentations, c’est cette sensation de reconstruction permanente. Le fait que les morceaux aient été retravaillés, que certaines parties aient été rejouées, s’entend. Mais pas comme une faiblesse. Plutôt comme une épaisseur supplémentaire.
La production, enrichie par le mastering de Jon Sevink, apporte cette chaleur légèrement granuleuse qui donne au disque une vraie présence. Rien n’est lisse, tout respire.
Personnellement, j’ai ressenti cet EP comme un objet vivant. Pas parfait, pas figé, mais en mouvement constant. Un disque qui accepte ses aspérités et en fait une force.
“Lamentations” ne cherche pas à séduire immédiatement. Il demande du temps, de l’attention. Mais une fois entré dedans, il devient difficile d’en sortir sans y laisser quelque chose.
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