“‘Monsters’ a le goût d’un combat intérieur chanté trop fort pour rester secret.”
Mister Co., Mason Jay et Tahlia Eve signent avec “Monsters” ce que la pop-rock oublie parfois de faire : être spectaculaire sans devenir creuse. Le morceau arrive avec des épaules larges, des guitares polies au feu, et cette conviction rare qu’un refrain doit servir à exorciser quelque chose.
Le titre annonce la couleur : les monstres. Pas ceux des films d’horreur, mais ceux qui vivent plus près — dans le miroir, dans les pensées de 3h17 du matin, dans les regrets qui reviennent sans prévenir. “Monsters” joue cette carte psychologique avec intelligence, préférant la métaphore nerveuse à la confession plate. On sent le chaos intime, mais mis en scène avec panache.
La production sait très bien où elle veut aller. Les guitares portent une nervosité blues rock, presque animale, pendant que la charpente rythmique garde un sens pop du timing : rien ne déborde inutilement, tout vise l’impact. Il y a du hard rock dans la musculature, oui, mais aussi une efficacité mélodique qui rend le morceau immédiatement accessible. C’est un titre pensé pour mordre et rester.
Le trio vocal constitue évidemment la pièce maîtresse. Là où beaucoup de collaborations ressemblent à un collage de fichiers envoyés par mail, ici les présences dialoguent réellement. Chacun apporte une texture différente : tension, relief, contraste. Et puis il y a Tahlia Eve, dont la voix apporte ce supplément dramatique essentiel. Une voix qui ne se contente pas de chanter la tempête : elle la fait entrer dans la pièce.
J’ai particulièrement aimé la manière dont “Monsters” utilise ses montées. Le morceau comprend que la puissance ne se mesure pas seulement au volume, mais à l’attente qu’on crée avant la frappe. Les couplets serrent les mâchoires, le refrain ouvre les vannes. Résultat : on ressent physiquement la libération.
Ce qui distingue surtout ce titre, c’est son absence de cynisme. À une époque où beaucoup de productions pop-rock semblent fabriquées pour illustrer des playlists de salle de sport, “Monsters” garde un vrai cœur battant. Il y a de la sueur, de l’enjeu, un désir sincère de transformer la peur en énergie partageable.
On imagine parfaitement ce morceau en live : lumière rouge, foule compacte, refrain repris par des gens venus déposer leurs propres ombres sur le parquet. C’est souvent là que l’on reconnaît les chansons utiles.
“Monsters” n’essaie pas d’être cool. Il préfère être frontal, généreux, habité. Bonne décision. Parce qu’au fond, les titres qu’on garde sont rarement les plus sages. Ce sont ceux qui osent montrer les crocs tout en tendant la main.
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