« Flytrap propulse « Straight To The Moon » dans une apesanteur neo-soul moite et cosmique, où la voix de Sargeant X Comrade caresse les cratères pendant que le groove fait décoller les corps. »
Flytrap donne l’impression d’avoir trouvé un vieux bouton rouge dans un cockpit funk oublié, puis d’avoir appuyé dessus avec un sourire beaucoup trop calme. « Straight To The Moon » ne décolle pas dans un fracas de fusée hollywoodienne ; il s’élève en velours, en basse souple, en vapeur chaude, comme si la lune n’était pas un astre froid mais une chambre tamisée où les vinyles fondent lentement sous les néons.
Le morceau appartient à cette catégorie rare de funk qui ne transpire jamais l’effort. Tout y glisse, tout y ondule, tout y invite sans insister. Flytrap bâtit un espace sonore à la fois chill et profondément sensuel, une capsule neo-soul où l’electro-funk agit comme un moteur discret, brillant sous le capot. Le groove n’est pas brutal, il est magnétique. Il ne vous tire pas par le col, il vous attire par la nuque. On entre dans « Straight To The Moon » comme dans une scène de film seventies tourné dans une station spatiale dessinée par un obsédé de blaxploitation, de jazz enfumé et de science-fiction artisanale.
La présence de Yolanda Sargeant, de Sargeant X Comrade, donne au titre sa trajectoire lunaire la plus troublante. Sa voix a cette qualité de satin nocturne, cette manière de flotter au-dessus du beat sans jamais s’en détacher, comme une lumière qui suit le corps dans l’obscurité. Elle ne chante pas seulement une destination ; elle installe une température. Quelque chose de lentement incandescent, de presque tactile, traverse le morceau. Le désir n’est pas hurlé, il circule dans les interstices, entre les respirations, les lignes de basse, les arrondis harmoniques.
Puis vient la trompette de Ravi Poliah, et soudain l’espace prend une couleur. Pas une couleur propre, numérique, trop parfaite. Plutôt un cuivre vivant, un éclat humain projeté dans le vide, un solo qui semble discuter avec les étoiles depuis un balcon de club. Les cordes enregistrées par Jonathan Lewis ajoutent une profondeur cinématique, une élégance presque orbitale, comme si le morceau refusait de choisir entre la sueur du funk et la grâce d’un score interstellaire.
Ce qui rend « Straight To The Moon » si précieux, c’est aussi son poids invisible. Flytrap est ici plus qu’un projet, plus qu’un nom posé sur une pochette : c’est une mémoire en mouvement, un héritage prolongé autour de Marvin “The Fly” Kee, disparu avant d’avoir pu achever entièrement cette nouvelle aventure. Alors forcément, le titre prend une autre densité. On n’écoute pas seulement un single extrait d’un album à venir ; on entend une communauté musicale qui refuse de laisser le silence gagner. Des proches, des collaborateurs, des voix, des cuivres, des mains, des studios différents, tous réunis pour remettre du souffle dans une œuvre encore chaude.
Mais jamais « Straight To The Moon » ne s’alourdit de sa propre histoire. C’est même sa beauté la plus classe : transformer l’hommage en mouvement, la perte en groove, l’absence en voyage sensuel. Flytrap ne construit pas un mausolée. Il envoie une boule à facettes dans l’espace. Le funk, ici, n’est pas nostalgique ; il est vivant, joueur, charnel, un peu halluciné, traversé d’acid jazz, de soul, de cinéma érotique imaginaire et de cette fantaisie cosmique qui donne envie de danser comme si la gravité venait de rendre son tablier.
« Straight To The Moon » est une montée lente vers un ailleurs moite et lumineux. Une preuve que certaines musiques ne meurent pas : elles changent d’atmosphère, trouvent de nouveaux corps où circuler, et continuent de briller très loin au-dessus de nos têtes.
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