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Music Pop

The Ingrid fait de « Lullaby » une berceuse qui ment trop bien

The Ingrid fait de « Lullaby » une berceuse qui ment trop bien
  • Publishedmai 19, 2026

« « Lullaby » révèle The Ingrid dans son art le plus troublant : une dream-pop douce en surface, mais traversée par l’inquiétude de ces gestes tendres qui sonnent faux. »

Une berceuse devrait rassurer. Fermer les paupières, calmer le corps, offrir cette illusion primitive que quelqu’un veille encore. The Ingrid prend ce réflexe à rebours. Dans « Lullaby », le trio londonien ne chante pas le réconfort : il examine ce qui se passe quand le réconfort devient décor, quand l’empathie ressemble à une posture, quand la douceur sert moins à protéger qu’à maintenir l’illusion d’un lien.

Troisième single du groupe, produit par Greg Walsh — dont le parcours croise Pink Floyd, Kate Bush ou encore Tina Turner — « Lullaby » avance dans une brume dream-pop et shoegaze où rien n’est totalement stable. Les guitares semblent laver le réel plutôt que le décorer, les textures s’étirent comme une lumière pâle sur une pièce trop calme, et la voix de Jess Charleslyn garde cette qualité précieuse : chanter bas sans disparaître. Elle ne dramatise pas. Elle observe. Et c’est justement ce regard retenu qui rend le morceau si magnétique.

Formé à Chichester pendant les années universitaires, The Ingrid réunit Jess Charleslyn, Will Hornsblow et Josh Platt autour d’un équilibre rare : la délicatesse mélodique n’empêche jamais la tension de monter. On pense à The Sundays pour la clarté rêveuse, à Wolf Alice pour la dualité entre fragilité et nerf, aux Smiths pour cette manière de laisser un malaise élégant se glisser derrière une ligne presque lumineuse. Mais « Lullaby » ne sonne pas comme une collection d’influences. Le titre a sa propre température : tiède au toucher, froid dans le fond.

Après « Limerence », qui explorait la projection obsessionnelle, et « Mother », centré sur la mémoire et la perception, ce nouveau single semble confirmer une obsession plus vaste chez The Ingrid : les émotions qui se déguisent, les relations qui se racontent autrement qu’elles ne sont, les vérités qui préfèrent chuchoter plutôt que claquer la porte.

« Lullaby » est donc une chanson-piège. Elle accueille, elle berce presque, puis laisse apparaître la fissure dans le plafond. The Ingrid y signe une indie alternative d’une élégance inquiète, suffisamment douce pour attirer, suffisamment lucide pour hanter longtemps après la dernière note.

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Written By
Extravafrench

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