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Qualm Boocha fait dérailler l’urgence sur « Sesh 1 »

Qualm Boocha fait dérailler l’urgence sur « Sesh 1 »
  • Publishedjuin 18, 2026

« Sesh 1 » saisit Qualm Boocha au bord du départ, dans une collision post-punk et noise rock où l’urgence d’enregistrer devient la véritable matière du morceau.

Une valise attend probablement dans un coin. Le billet est déjà réservé. Quelques heures plus tard, Trent-Jean doit prendre un avion pour la Chine, mais personne dans la pièce ne semble disposé à refermer les étuis de guitare. Il reste une soirée, un studio domestique chez le bassiste et ingénieur Robbie Corbet, puis cette envie presque absurde de créer quelque chose avant que la distance ne vienne interrompre la conversation. « Sesh 1 » commence moins comme un projet que comme un compte à rebours.

Son titre joue avec cette naissance improvisée : une session unique, un départ imminent et la promesse involontaire qu’il pourrait exister une suite. Qualm Boocha ne cherche pourtant pas à transformer cette spontanéité en jolie légende de studio. Le morceau conserve le désordre, les angles vifs et cette tension électrique qui apparaît lorsque chaque prise pourrait être la dernière. Rien ne paraît surcorrigé. La musique porte encore la chaleur de la pièce où elle a été capturée.

La basse avance avec une obstination presque physique, comme si elle refusait au titre toute possibilité de ralentir. Les guitares ne viennent pas décorer cette poussée ; elles la lacèrent. Tantôt sèches et répétitives, tantôt abrasives, elles installent une esthétique post-punk qui se dérègle progressivement au contact du noise rock. Les sons frottent les uns contre les autres, saturent les contours et donnent l’impression que le morceau pourrait se désassembler sans jamais perdre son axe.

Le chant bilingue, partagé entre polonais et anglais, renforce cette sensation de déplacement permanent. Les langues ne sont pas traitées comme un effet d’exotisme ou un simple signe identitaire. Elles modifient le grain même de l’interprétation, ses attaques, ses rythmes et sa manière d’occuper l’espace. Certaines phrases semblent lancées dans la pièce ; d’autres paraissent englouties par les instruments. La voix devient un élément du chaos plutôt que son narrateur extérieur.

« Sesh 1 » réussit justement parce qu’il ne cherche pas à rendre ce chaos confortable. Le rock indépendant contemporain est parfois si soigneusement patiné qu’il en oublie le risque, cette possibilité qu’un morceau sente encore la sueur, les câbles mal rangés et les décisions prises trop vite. Qualm Boocha retrouve cette dimension presque artisanale. Le groupe enregistre avant de trop réfléchir, mais l’instinct collectif suffit à maintenir l’ensemble debout.

La formule avec laquelle Qualm Boocha se présente — un rock’n’roll biologique, biodynamique et cultivé venu de la ville la plus isolée du monde — pourrait ressembler à une plaisanterie. Elle décrit pourtant assez bien l’étrange vitalité de cette musique. Le morceau semble avoir fermenté hors des circuits habituels, loin des laboratoires de tendances, dans un environnement où les influences ont le temps de muter. Le post-punk, le noise et le rock indépendant ne sont pas cités poliment : ils sont broyés ensemble jusqu’à produire une matière plus trouble.

Cette origine à Perth, territoire souvent présenté à travers son isolement géographique, donne aussi au départ qui entoure « Sesh 1 » une valeur particulière. Lorsque les distances sont immenses, jouer ensemble ne relève jamais tout à fait de l’évidence. La session devient une façon de retenir le moment avant sa dispersion. Chaque frappe, chaque distorsion, chaque rupture paraît lutter contre l’idée que demain, l’un des membres sera déjà ailleurs.

Le morceau ne propose pas une résolution nette. Il s’arrête comme certaines soirées prennent fin : parce que l’heure oblige à ranger, non parce que tout a été dit. C’est peut-être là que réside son charme le plus durable. « Sesh 1 » ne prétend pas être une œuvre fermée et parfaitement maîtrisée. Il ressemble à une photographie surexposée, prise juste avant le mouvement, dont le flou raconte davantage que la pose.

Qualm Boocha transforme ainsi une contrainte logistique en impulsion créative. L’avion partira, les kilomètres s’installeront, mais cette session aura laissé une trace assez bruyante pour survivre au trajet. « Sesh 1 » n’est pas le souvenir poli d’une nuit en studio. C’est la nuit elle-même, encore coincée dans les amplis.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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