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Quiet as a Mouse interroge le passé sur « Nostalgia is fine…but… »

Quiet as a Mouse interroge le passé sur « Nostalgia is fine…but… »
  • Publishedjuin 25, 2026

« Nostalgia is fine…but… » voit Quiet as a Mouse revisiter les chansons, les lieux et les versions de soi qui persistent après le départ, sans jamais confondre le souvenir avec une maison où revenir.

Alex Moran a beaucoup déménagé. Londres, plusieurs villes d’Angleterre et d’Australie, treize années à Édimbourg, puis Brisbane. À force de changer de décor, la nostalgie cesse d’être un simple regret du passé : elle devient une géographie personnelle, une manière de relier les endroits où l’on a vécu aux personnes que l’on était alors.

Le titre du deuxième album de Quiet as a Mouse contient déjà sa mise en garde. La nostalgie est acceptable, certes, mais… La phrase reste ouverte, comme si tout le disque devait remplir les points de suspension. On peut aimer ce qui a disparu sans vouloir le reconstruire. On peut retourner mentalement dans une époque sans prétendre qu’elle fut plus douce qu’elle ne l’était réellement.

« Miss Melody » ouvre ce parcours en donnant au souvenir une forme presque humaine. La mélodie devient cette présence qui revient sans prévenir, capable de faire surgir un visage, une ville ou une sensation que l’on croyait rangée. Derrière l’élégance pop-rock du titre, Quiet as a Mouse conserve une nervosité typiquement alternative : la beauté n’efface jamais tout à fait le trouble qui l’a fait naître.

« Cocaine Soul » s’aventure dans un imaginaire plus sombre. Le titre évoque une personnalité brillante en surface, mais usée de l’intérieur par l’excès, la vitesse ou la nécessité de continuer à paraître vivante. La noirceur grunge de l’album trouve ici un terrain naturel, loin de la nostalgie décorative. Le passé n’y possède plus la chaleur d’une photographie ; il revient comme une mauvaise habitude que l’on reconnaît immédiatement.

Au centre du projet, « Peter Pan » cristallise la peur de grandir sans tomber dans la célébration naïve de l’enfance. Refuser l’âge adulte peut sembler romantique tant que l’on n’observe pas ce que cette immobilité coûte. La vidéo tournée au coucher du soleil sur Peregian Beach renforce cette ambiguïté : la lumière est somptueuse précisément parce qu’elle disparaît. Peter Pan ne vieillit pas, mais il reste également prisonnier du même récit.

« From…To » ressemble à un itinéraire dont les étapes auraient été volontairement effacées. Entre le point de départ et l’arrivée se trouvent les kilomètres, les ruptures, les accents adoptés puis abandonnés et toutes ces transformations que l’on remarque seulement après coup. Chez Moran, le déplacement est rarement anecdotique. Il nourrit une écriture où la recherche du foyer rencontre constamment l’impossibilité de le définir une fois pour toutes.

« 1999 » place ensuite une date précise sur la tentation nostalgique. L’année peut contenir une génération entière de guitares, de chambres adolescentes et de futurs encore indéterminés. Pourtant, le disque refuse d’en faire un sanctuaire. Quiet as a Mouse reprend le grain du rock des années 1990 — entre mélodie indie, tension grunge et guitares abrasives — tout en sachant qu’une époque ne peut être rejouée à l’identique.

Le soulagement proposé par « Paracetamol » paraît volontairement dérisoire. Un comprimé peut calmer le symptôme, jamais résoudre l’origine de la douleur. Le morceau inscrit ainsi l’humour sec de Moran au cœur d’un album plus vulnérable. Certaines blessures sentimentales ou existentielles réclament un traitement que la musique elle-même ne peut peut-être pas offrir, même si elle permet au moins de les nommer.

« The Man I Am » marque un moment de confrontation plus direct. Après les souvenirs et les figures projetées, l’auteur se retrouve face à sa propre identité présente. Qui reste-t-il une fois retirées les anciennes villes, les groupes, les relations et les ambitions de jeunesse ? La maturité revendiquée sur ce disque ne consiste pas à fournir une réponse stable, mais à accepter que l’homme actuel contienne encore tous ceux qu’il a cessé d’être.

L’étrangeté s’intensifie avec « Dolls Eyes ». Le regard de la poupée voit tout sans rien révéler, fixe sans réellement rencontrer. Cette image introduit une inquiétude sourde dans l’album : celle de devenir spectateur de sa propre vie, d’observer ses souvenirs avec suffisamment de distance pour ne plus savoir lesquels ont été vécus et lesquels ont été progressivement réécrits.

« Comfort Food » revient vers une consolation plus quotidienne. La nourriture réconfortante possède elle aussi un rapport intime à la mémoire : une saveur peut ramener plus vite qu’une chanson à une cuisine, une famille ou une période précise. Mais le réconfort, comme la nostalgie, devient problématique lorsqu’il remplace le mouvement. Quiet as a Mouse semble apprécier ces refuges tout en se méfiant de leur capacité à nous retenir.

« White Picket Fence » clôt enfin le disque avec l’un des grands symboles de la réussite conventionnelle : la maison, la clôture blanche, la stabilité familiale et la vie parfaitement ordonnée. Placée après un album nourri par le déplacement et l’inquiétude, cette image ressemble moins à une promesse qu’à une question. Ce rêve appartient-il vraiment à Moran, ou lui a-t-il simplement été présenté comme la conclusion logique de toute existence adulte ?

La voix d’Alex Moran relie ces dix morceaux par sa combinaison de fragilité, de maturité et de rugosité. Quiet as a Mouse navigue entre indie rock, grunge, punk, emo et alt-country sans donner l’impression de feuilleter un catalogue de références. Chaque registre correspond plutôt à une manière différente de regarder derrière soi.

Son parcours auprès de producteurs comme Liam Watson ou Marcus Mackay, ainsi que ses années passées sur les scènes britanniques, affleurent dans le sens des dynamiques et le goût pour des guitares à la fois mélodiques et coupantes. Mais « Nostalgia is fine…but… » ne repose pas sur un prestige ancien. Il tire sa valeur de l’instant où l’artiste accepte de ne plus se protéger derrière son histoire.

La nostalgie n’est finalement ni condamnée ni idéalisée. Elle devient un matériau de composition, utile tant qu’elle permet de comprendre le présent plutôt que de le fuir.

Quiet as a Mouse ne referme pas la porte sur le passé. Alex Moran vérifie simplement, avant de repartir, qu’il n’y est pas resté enfermé.

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Written By
Extravafrench

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