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Music Rock

Zachariah Tazewell renaît dans « Wild Hearts Don’t Break They Burn »

Zachariah Tazewell renaît dans « Wild Hearts Don’t Break They Burn »
  • Publishedjuin 25, 2026

« Wild Hearts Don’t Break They Burn » rassemble cinq chapitres d’une survie sans romantisme : Zachariah Tazewell y traverse la douleur chronique, l’addiction, la solitude et la défiance envers les institutions pour reprendre possession de sa vie morceau après morceau.

La voix se travaille dans les bois, loin des voisins. Les prises vocales s’enregistrent au milieu de matelas dressés en traitement acoustique improvisé. Les guitares sont réelles, le reste souvent construit en MIDI, puis chaque fréquence gênante est traquée dans un logement du nord de la Tasmanie devenu à la fois refuge, studio et point fixe.

La fabrication de « Wild Hearts Don’t Break They Burn » raconte déjà son sujet. Zachariah Tazewell n’a pas attendu les conditions idéales pour créer. Après des années marquées par la douleur chronique, l’instabilité résidentielle, l’isolement et les addictions, il a appris la production, le mixage, l’écriture et le piano avec la même logique que celle qui traverse l’EP : travailler avec ce qui reste, échouer, comprendre, recommencer.

« Last Cinder of the First Flame » ouvre le projet comme une braise que l’on croyait presque éteinte. Inspiré par l’imaginaire de « Dark Souls », « Bloodborne » et « Elden Ring », le morceau adopte leur philosophie moins héroïque qu’obstinée : le progrès ne vient pas de l’invulnérabilité, mais de la capacité à apprendre de chaque défaite. La dernière cendre du premier feu n’annonce donc pas une fin. Elle représente le résidu minuscule à partir duquel tout peut repartir.

Le vocabulaire de la fantasy permet à Tazewell de parler de son vécu sans l’aplatir dans le témoignage littéral. La douleur devient environnement hostile, la rechute un adversaire déjà rencontré, la survie une compétence acquise dans la répétition. Rien ne promet une victoire définitive. Le morceau valorise plutôt cette décision quotidienne de se relever avec davantage de connaissance que la veille.

Le titre éponyme, « Wild Hearts Don’t Break They Burn », déplace la braise vers l’incendie. L’image du phénix pourrait facilement basculer dans le cliché motivationnel ; elle conserve ici une réelle violence. Brûler ne signifie pas sortir indemne. La renaissance exige la destruction d’une ancienne forme, la perte de repères et l’acceptation que l’on ne reviendra pas exactement à celui que l’on était.

Tazewell ne présente donc pas la résilience comme une jolie aptitude personnelle. Elle ressemble à une réaction de survie développée lorsqu’aucune autre option ne demeure. Le cœur sauvage ne se brise pas parce qu’il serait plus solide que les autres : il brûle, change d’état et utilise ses propres ruines comme combustible.

« House of Cards » élargit ensuite le regard. Après les blessures intimes, l’artiste observe une société dont la connexion technologique masque mal la solitude générale. L’IA, les plateformes et les réseaux promettent une proximité permanente, tandis que les individus semblent de plus en plus incapables de se sentir réellement accompagnés.

Son mode de vie largement hors ligne donne à cette critique une position particulière. Tazewell ne regarde pas seulement l’hyperconnexion depuis son centre ; il l’observe depuis une forme de marge géographique et numérique. « House of Cards » suggère un édifice impressionnant, mais bâti sur des fondations incapables de soutenir le poids qu’on leur confie. Tout le monde peut joindre tout le monde, et pourtant tant de personnes n’ont personne à appeler.

La colère atteint son point le plus frontal avec « Fuck Tha Doctors ». Le morceau attaque la crise mondiale de la santé mentale et, plus personnellement, le sentiment d’avoir été invalidé ou manipulé par le système médical. Le titre ne cherche aucune élégance. Après des chansons qui déplacent l’expérience vers le mythe ou la métaphore, celle-ci refuse le détour.

Cette brutalité doit être entendue comme la parole d’un patient qui ne s’est pas senti écouté, et non comme le rejet simpliste de toute médecine. Tazewell documente l’humiliation particulière qui consiste à demander de l’aide puis à voir sa propre perception contestée par ceux qui détiennent l’autorité du diagnostic. La référence modifiée à « I Was Only 19 » de Redgum inscrit cette rage dans une tradition australienne de chansons capables de rendre audibles les dégâts laissés par les institutions.

Le dernier chapitre, « S.O.S », réduit toute cette bataille à un signal élémentaire. Presque dix années de célibat liées à sa condition y deviennent une solitude que l’autonomie ne parvient plus à ennoblir. Le morceau ne confond pas isolement choisi et absence subie. Il montre ce qui se produit lorsque les problèmes de santé, la distance et la précarité cessent d’être des circonstances temporaires pour organiser durablement la vie affective.

L’appel au secours contenu dans le titre reste pourtant ambigu. S’adresse-t-il à une personne, au monde extérieur ou à cette partie de soi qui pourrait encore répondre ? Après quatre morceaux consacrés à la lutte, « S.O.S » accepte que la vulnérabilité ne soit pas un échec de la résilience. Survivre seul longtemps ne signifie pas que l’on doive cesser de désirer une présence.

L’éclectisme de l’EP reflète l’apprentissage autodidacte de Zachariah Tazewell. Pop, rock, metal, EDM, folk, reggae et hip-hop forment moins une liste de genres qu’un ensemble d’outils disponibles. Chaque chanson choisit la forme nécessaire à son émotion, quitte à rendre le projet irrégulier au sens le plus vivant du terme.

Le plus étonnant reste que ces cinq titres soient présentés comme les faces B d’un album encore en préparation. L’information révèle autant l’abondance créative de l’artiste que son exigence nouvelle. Ce qui aurait autrefois pu constituer l’œuvre principale devient maintenant un premier seuil, la preuve du chemin accompli après quatre années passées à comprendre la production et sa propre voix.

« Wild Hearts Don’t Break They Burn » n’est pas le journal d’un homme arrivé au terme de sa reconstruction. C’est le son d’un homme qui possède enfin un lieu où travailler, quelques outils durement acquis et suffisamment de lucidité pour donner une forme à ce qui aurait pu le détruire.

Les cendres sont encore chaudes. Cette fois, Zachariah Tazewell sait quoi en faire.

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Written By
Extravafrench

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