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tellmeboutyourmom crucifie les faux prophètes sur « I Look More Like Jesus Than Jesus Himself »

tellmeboutyourmom crucifie les faux prophètes sur « I Look More Like Jesus Than Jesus Himself »
  • Publishedjuillet 19, 2026

« Barbe de saint, nerfs de punk : tellmeboutyourmom brandit “I Look More Like Jesus Than Jesus Himself” comme une auréole cabossée au-dessus d’une époque qui adore prêcher sans jamais se regarder. »

La réplique est trop énorme pour être innocente. Elle sonne comme une provocation griffonnée au marqueur sur le mur d’une sacristie, une vantardise de comptoir devenue soudain accusation collective. « I Look More Like Jesus Than Jesus Himself » ne demande pas que l’on croie tellmeboutyourmom sur parole. Le morceau observe plutôt notre fascination pour les figures de pureté, les postures morales et les sauveurs autoproclamés, puis leur retire brutalement le décor.

Derrière ce nom de projet faussement conversationnel se trouve Franz A., musicien installé à Leipzig et déjà passé par des formations telles que Cereals et Television Age. Après les tournées, les scènes partagées avec des artistes internationaux et les diffusions sur les radios nationales, il choisit aujourd’hui une expression plus ramassée. Moins de couches, davantage d’angles. Une guitare, une tension, quelques phrases assez acérées pour ne pas nécessiter d’ornement.

Le nom tellmeboutyourmom provient lui-même d’un fragment d’une ancienne chanson, une ligne refusant de disparaître. Cette origine dit beaucoup de la démarche : conserver ce qui insiste, ce qui continue de gratter longtemps après la fin du morceau. « I Look More Like Jesus Than Jesus Himself » possède exactement cette qualité. Son titre s’accroche immédiatement à la mémoire, mais son véritable intérêt réside dans le malaise qu’il laisse derrière lui.

Musicalement, la chanson avance avec l’urgence rugueuse du garage rock et la discipline plus froide du post-punk. La guitare ne cherche pas la grandeur héroïque ; elle tranche, répète, resserre l’espace. La rythmique maintient une pression sèche, presque claustrophobe, tandis que la voix semble osciller entre sarcasme, défi et fatigue. Le morceau n’a pas besoin de courir : il donne l’impression de poursuivre l’auditeur même lorsqu’il reste sur place.

Cette économie rappelle les nuits passées dans les salles de répétition, les studios et les bars des quartiers ouest de Leipzig qui ont façonné le son du projet. Rien n’évoque une production désincarnée ou une esthétique alternative assemblée à partir de références soigneusement sélectionnées. La musique conserve l’odeur des amplis chauffés trop longtemps, des sols collants et des conversations commencées après minuit, lorsque la politesse a déjà quitté les lieux.

Le Christ convoqué par le titre n’est probablement pas une figure religieuse traitée au premier degré. Il devient une unité de mesure absurde pour jauger la vertu, l’apparence et l’autorité. Qui ressemble aujourd’hui au sauveur ? Celui qui en porte l’image, celui qui en répète les mots ou celui qui vit réellement selon les principes qu’il prétend défendre ? tellmeboutyourmom ne rédige aucun sermon. Il préfère laisser la contradiction ouverte, exposée sous une lumière crue.

L’humour joue un rôle décisif dans ce dispositif. Sans lui, le morceau risquerait la lourdeur du manifeste. Franz A. choisit au contraire une formule si excessive qu’elle devient immédiatement suspecte. Le narrateur est-il mégalomane, ironique, désespéré ou simplement plus honnête que tous ceux qui cachent leur ego derrière un discours de bonté ? La chanson tient dans cette indécision.

Le nom du projet ajoute une autre couche de trouble. « Parle-moi de ta mère » pourrait être l’entrée d’un psychanalyste, d’un flirt trop rapide ou d’un inconnu cherchant la faille sous les apparences. Face à un titre qui invoque Jésus, la filiation, les mythes personnels et les figures d’autorité se mélangent. L’identité semble toujours provenir d’un récit transmis, puis déformé jusqu’à devenir presque méconnaissable.

« I Look More Like Jesus Than Jesus Himself » inaugure ainsi une nouvelle période pour Franz A., débarrassée du superflu mais pas de l’ambition. Le morceau ne cherche pas à élargir artificiellement son propos ; il fait confiance à un riff, une phrase et une attitude pour installer tout un monde moral en train de se fissurer.

tellmeboutyourmom ne prétend pas sauver le rock alternatif, ni qui que ce soit d’autre. Il se contente de poser devant l’icône, de comparer les ressemblances et de sourire au moment où l’auréole commence à glisser.

Pour découvrir plus de nouveautés ROCK, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAROCK ci-dessous :

Written By
Extravafrench

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