« Enregistré seul dans un salon avec un vieux MacBook, “Twenty Twenty Six” possède quelque chose que les studios hors de prix ne garantissent jamais : la sensation d’entendre quelqu’un reprendre sérieusement une passion qu’il avait laissée attendre. »
Le titre pourrait être celui d’une capsule temporelle. Chez Dan Higgins, « Twenty Twenty Six » en est presque une. Premier album d’un songwriter gallois installé à Adelaide, le disque arrive après des années durant lesquelles la musique était restée présente sans forcément occuper le premier rôle. Puis, en 2024, Higgins se lance un défi : écrire et enregistrer au moins une chanson par mois. Treize morceaux plus tard, l’exercice devient suffisamment sérieux pour donner envie de construire quelque chose de plus grand.
Sept titres en sont sortis : « Commuting », « Incandescent », « Man’s Fear », « The World Is Ours Tonight », « 2011 », « Cariad » et « Night Light ». Rien que leurs noms dessinent déjà une drôle de semaine intérieure : les transports, la peur, les souvenirs, une nuit où le monde semble momentanément nous appartenir, puis cette petite lumière qu’on garde allumée quand tout le reste s’éteint.
« Commuting » est la porte d’entrée logique. Premier morceau écrit spécifiquement pour l’album, il naît autour de l’idée du « third space » : ce laps de temps entre le travail et la maison où, coincé dans le trajet, on se retrouve enfin seul avec ses pensées. Ce détail résume assez merveilleusement le projet. « Twenty Twenty Six » ressemble lui aussi à cet endroit intermédiaire : entre jeunesse et vie adulte, hobby et véritable œuvre, souvenirs musicaux et quotidien familial.
Higgins vient d’une école où les guitares comptent. Green Day, Idlewild, Blink-182, Oasis et Feeder l’ont poussé adolescent à prendre l’instrument ; Frank Turner et Kate Rusby ont depuis élargi son écoute vers le folk. L’album assume donc plusieurs températures, passant de morceaux chargés en distorsion à des compositions acoustiques beaucoup plus sensibles. Des titres comme « Incandescent » ou « The World Is Ours Tonight » côtoient ainsi des intitulés plus introspectifs comme « Man’s Fear », « 2011 » ou « Cariad », sans que Higgins ait besoin de forcer le disque dans une seule humeur.
Le détail le plus séduisant reste peut-être sa fabrication. Dan Higgins a absolument tout réalisé lui-même — écriture, interprétation et enregistrement — dans son salon, avec une interface Behringer, GarageBand et un MacBook Pro de 2012 qu’il qualifie lui-même, avec humour, de matériel presque « museum-grade ». Même les accidents techniques deviennent esthétique : certaines backing vocals ont été passées dans des simulateurs d’amplis guitare, tandis qu’un plug-in cassette utilisé au mastering apporte une saturation qui lui rappelle ses premières expériences adolescentes sur magnétophone.
C’est peut-être là que « Night Light », dernier titre du disque, prend symboliquement tout son sens.
« Twenty Twenty Six » n’est pas le disque d’un musicien qui découvre la musique. C’est celui d’un homme qui découvre qu’après le travail, la famille, les déménagements, les années et les chansons enregistrées pour soi, cette petite lumière était encore allumée.
Dan Higgins a simplement décidé, cette fois, de ne plus l’éteindre.
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