Sam Vane échoue en beauté sur « i forgot about it »
- Publishedaoût 17, 2026
« “i forgot about it” ressemble à une tentative de sauvetage qui arrive trop tard : Sam Vane fait se percuter guitares mélodiques, batterie nerveuse et mélancolie emo dans un morceau où aimer très fort ne suffit malheureusement pas à réparer quoi que ce soit. »
Le plus cruel, dans certaines relations, n’est pas d’avoir abandonné trop vite. C’est parfois l’inverse : avoir essayé jusqu’à l’épuisement et découvrir malgré tout que les efforts n’ont rien changé.
Sam Vane écrit depuis cet endroit-là.
Originaire du Michigan, le musicien évolue dans un rock alternatif nourri de shoegaze, de grunge et d’emo, mais « i forgot about it » privilégie une forme étonnamment immédiate de désarroi. La batterie avance avec vigueur, les guitares conservent un dessin mélodique très lisible et les harmonies vocales rendent le morceau accrocheur là où son sujet pourrait facilement l’entraîner vers quelque chose de beaucoup plus plombant.
Ce contraste lui réussit particulièrement bien. La chanson parle d’échec sentimental, mais elle refuse de ramper.
Chez Sam Vane, la lourdeur vient davantage de la texture que du tempo. Son univers habituel aime les guitares épaisses et les atmosphères brumeuses du shoegaze, sauf que les voix restent ici volontairement poussées vers l’avant. On ne les entend pas disparaître derrière un mur de son ; elles portent directement la frustration. C’est une manière intéressante de conserver le flou et la densité de certaines références 90s tout en adoptant une frontalité plus proche du grunge ou du pop punk.
Et « i forgot about it » possède justement un drôle de rapport au détachement. Son titre paraît presque nonchalant — comme si le problème avait fini par devenir suffisamment ancien pour être oublié — alors que le cœur du morceau raconte exactement le contraire : quelqu’un qui s’est investi, qui a insisté, qui a voulu faire fonctionner une histoire et qui doit maintenant composer avec l’idée que cela n’a pas été suffisant.
Cette contradiction évite au morceau de devenir une simple chanson de rupture supplémentaire. Sam Vane ne semble pas particulièrement intéressé par la recherche d’un coupable. Il s’attarde plutôt sur cette idée frustrante que deux réalités peuvent coexister : on peut avoir sincèrement donné beaucoup et tout de même arriver au mauvais résultat.
Le choix d’une instrumentation énergique rend alors le désenchantement presque libérateur. Les guitares n’accompagnent pas uniquement la tristesse ; elles lui donnent une sortie. Les harmonies accrochent l’oreille tandis que la batterie empêche le morceau de s’enfermer dans sa propre déception.
« i forgot about it » possède ainsi quelque chose de typiquement emo dans le meilleur sens du terme : l’émotion est trop présente pour être cachée, mais suffisamment mise en mouvement pour ne pas devenir complaisante. Sam Vane ne règle pas le compte de cette relation. Il laisse plutôt les amplis prendre en charge tout ce qu’il reste à dire lorsque les efforts, eux, ont déjà été épuisés.
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