« “Continuous Disaster” ressemble à un premier single parfaitement raccord avec l’histoire de Screen Pink : après avoir vu un disque dur engloutir leurs morceaux, Liane Mair et Florian Helleken reviennent avec un rock garage tendu, accidenté et suffisamment vivant pour faire du dysfonctionnement une esthétique. »
Tout perdre aurait pu arrêter le groupe avant même qu’il existe vraiment.
Chez Screen Pink, c’est devenu le point de départ. Le duo de Nuremberg formé par Liane Mair, passée par Taxi Lotta, et Florian Helleken de Zement a vu son disque dur basculer sur un fameux « Pink Screen of Death » et emporter avec lui l’intégralité des chansons enregistrées. Plutôt que de considérer l’épisode uniquement comme une catastrophe technique, les deux musiciens lui ont emprunté leur nom et, surtout, une certaine philosophie : recommencer en acceptant que le bug fasse désormais partie du programme.
Difficile d’imaginer meilleur intitulé que « Continuous Disaster » pour ouvrir les hostilités.
Le morceau se situe au croisement de l’indie rock, du garage et du post-punk, mais sa vraie singularité se trouve dans son rapport à l’espace. Screen Pink insiste beaucoup sur cette idée, et elle prend ici un sens presque physique : la musique n’est pas compacte au point d’étouffer. Les instruments peuvent cogner tout en laissant des ouvertures, les guitares dresser leurs murs sans empêcher la basse de creuser son propre passage.
Florian Helleken signe et interprète l’ensemble des instruments, tandis que Liane Mair prend en charge le chant et les paroles. Cette répartition donne au morceau une dynamique intéressante : l’architecture instrumentale peut sembler massive, alors que la voix vient lui donner un axe, une personnalité plus immédiatement humaine au milieu du bruit.
La production, réalisée par le duo à Hersbrooklyn Rec. à Hersbruck, conserve justement une impression artisanale qui convient parfaitement à leur discours. « Continuous Disaster » ne paraît pas vouloir devenir trop propre. Le garage rock a besoin de quelques aspérités pour rester crédible, le post-punk de nerfs, et Screen Pink semble suffisamment conscient de cela pour ne pas gommer toute la friction au mixage.
Cette approche rejoint également l’étrange présentation que le groupe fait de lui-même : fusée artisanale, vitesse de la lumière, murs de son, références au stoner. Derrière le vocabulaire volontairement excessif apparaît pourtant une idée musicale assez cohérente. Screen Pink aime le volume, mais aussi la profondeur. Leur rock ne vise pas seulement le choc frontal ; il cherche à créer une sensation de dimension, presque à ouvrir le morceau autour de l’auditeur.
Le titre finit alors par dépasser l’anecdote informatique. « Continuous Disaster » pourrait presque devenir une définition assez honnête de la création indépendante : quelque chose casse, disparaît, recommence autrement, puis finit éventuellement par produire une chanson meilleure que celle qu’on essayait de sauver.
Screen Pink aurait pu restaurer les fichiers. À défaut, le duo a préféré construire un groupe autour de leur disparition — ce qui, pour un premier single, constitue déjà une manière plutôt réjouissante de refuser le mode sans échec.
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