Milk St. laisse « Good Grief » sortir de la camionnette en désordre
- Publishedseptembre 1, 2026
« Écrit entre deux tournées, éprouvé sur scène avant même d’être complètement figé et nourri par une période familiale chaotique, “Good Grief” attrape Milk St. au moment où le groupe cesse de chercher une esthétique parfaite pour laisser les chansons décider elles-mêmes de la forme du disque. »
Cent quarante concerts en un peu plus d’un an, un minivan, des salons transformés en salles de répétition et des morceaux testés devant des publics différents presque aussitôt après leur écriture : « Good Grief » possède quelque chose d’un album assemblé sur la route avant de l’être en studio.
C’est probablement ce qui lui évite la propreté.
Milk St., formation née à Bangor dans le Maine autour de Jonah Wakefield, Gabe Chambers et Harry Burns, avait abordé ses précédents projets avec une idée assez définie de ce qu’ils devaient devenir. Ici, Wakefield raconte presque l’inverse. Les chansons arrivent par vagues, certaines sont travaillées quelques heures avant un nouveau départ en tournée, puis leurs contours se précisent directement sur scène.
« Henry », court enregistrement placé en ouverture, agit comme une porte entrouverte plutôt que comme un véritable morceau introductif. Puis « Just So » entre beaucoup moins discrètement.
Wakefield l’a écrit pendant une période où sa famille se disloquait et où son père traversait de graves difficultés psychologiques. Incapable de produire autre chose qu’un constat élémentaire — il se sentait triste — il finit par retourner cette incapacité contre lui-même. Le refrain qui lui demande pourquoi il est « si triste tout le temps » relève presque de l’autoparodie. C’est l’une des clefs de « Good Grief » : Milk St. traite la dépression et l’apathie sans exiger que chaque phrase porte le poids du monde.
« Toyota Corolla » pousse cette autodérision ailleurs. Lorsque Wakefield oppose l’image flatteuse d’une limousine à celle, beaucoup moins prestigieuse, d’une Toyota Corolla, l’écart dit tout de son manque d’assurance. Puis le morceau s’élargit et les riffs prennent suffisamment de place pour que cette petitesse revendiquée soit contredite par la musique elle-même.
« Slide Off » va encore plus loin dans la collision.
Le cri « I’m freaking out of my skin! » arrive dans l’un des passages les plus lourds jamais enregistrés par le groupe. Les racines acoustiques des débuts reculent au profit du fuzz et de distorsions franchement plus agressives. Le malaise n’est plus seulement raconté : il semble passer directement dans les amplis.
Ailleurs, Milk St. change constamment de focale.
« Milk & Honey » joue davantage sur la dynamique et un goût évident pour la pop-rock mélodique. Le titre « Good Grief », précédé d’une amorce de scratch vinyle, résume parfaitement cette manière de juxtaposer détresse et énergie collective : Wakefield y laisse entendre sa propre confusion sans que le morceau perde son élan d’hymne.
« Weed and Crisco » montre le goût du groupe pour les associations suffisamment incongrues pour survivre à une première lecture. Pas besoin de forcer une grande interprétation symbolique : Milk St. sait aussi qu’un bon titre peut simplement faire lever un sourcil et rester en mémoire.
« Ronkoma » accélère avec un rythme plus bondissant, proche de l’urgence folk-punk de The Front Bottoms, et livre peut-être l’une des phrases les plus révélatrices du disque : ils se soucient « beaucoup trop » des choses. Derrière tout le sarcasme, c’est probablement le vrai problème de ces chansons. L’indifférence affichée tient rarement très longtemps.
Le disque se termine avec « And So On », une valse décrite comme une berceuse mordante. Après les amplis, les crises et les plaisanteries défensives, Milk St. choisit donc de sortir sans explosion finale.
C’est cohérent avec un album qui n’a jamais vraiment prétendu avoir résolu quoi que ce soit.
« Good Grief » garde surtout la trace de trois amis ayant écrit pendant qu’ils réalisaient exactement le fantasme qui avait poussé Wakefield à vouloir monter un groupe à treize ans : parcourir le pays avec ses proches et faire de la musique en chemin.
Les Polaroids sont dans un tiroir. Les kilomètres, eux, sont restés dans les chansons.
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