« “Better Than Nothing” vient d’une relation que Reuben Walton décrit simplement comme foutue, et cette économie de mots dit déjà beaucoup : derrière la dark pop sensuelle, le morceau s’intéresse à ce compromis affectif particulièrement toxique où quelque chose de mauvais finit par sembler préférable au vide. »
Le titre contient presque toute la mécanique psychologique du morceau.
« Better Than Nothing ». Mieux que rien. Une formule banale, presque raisonnable, jusqu’au moment où elle sert à justifier ce qui ne devrait plus l’être. Reuben Walton part de là pour revisiter une ancienne relation dysfonctionnelle sans chercher à lui donner une noblesse qu’elle n’avait probablement pas.
Cette retenue fonctionne très bien.
L’artiste originaire de Cape Cod construit habituellement ses chansons à la frontière de l’alt-pop, de l’indie soul et du R&B, avec un goût marqué pour les productions électroniques brillantes et les émotions beaucoup moins lisses. Ici, la dark pop lui permet surtout d’entretenir une ambiguïté : la séduction reste présente alors même que le sujet raconte quelque chose qui s’est déjà abîmé.
C’est précisément le genre de contradiction qui donne du relief à sa musique.
Une mauvaise relation ne se maintient pas forcément parce qu’on ignore qu’elle est mauvaise. Parfois, on le sait parfaitement. On reste malgré tout parce que la familiarité rassure, parce que le manque semble pire, parce qu’une présence imparfaite paraît encore préférable à l’absence. « Better Than Nothing » trouve sa matière dans cette zone peu glorieuse où la lucidité n’entraîne pas immédiatement le départ.
Walton dit vouloir peindre beaucoup avec peu de mots, et le morceau bénéficie de cette discipline. L’idée n’est pas d’accumuler les explications sur ce qui s’est passé entre deux personnes. Quelques images, une attitude, une formule suffisamment précise peuvent davantage révéler la dynamique qu’une confession exhaustive.
Sa voix est particulièrement adaptée à cette écriture.
Les influences R&B permettent de conserver une proximité presque charnelle tandis que l’environnement électronique apporte une distance plus froide. Cette friction rappelle certaines des références revendiquées par Walton — George Michael, The Weeknd, Björk ou Portishead — sans réduire le morceau à leur addition. Ce qu’il en retient surtout, c’est la possibilité de rendre une émotion sombre immédiatement mélodique.
Quatre minutes et quatorze lui laissent aussi davantage de latitude que le format pop contemporain le plus compressé.
« Better Than Nothing » peut ainsi installer son malaise au lieu de simplement exposer son concept puis disparaître. Le caractère moody et sexy du titre devient même légèrement inconfortable dès lors qu’on connaît son origine : ce qui attire encore est exactement ce qui devrait repousser.
C’est là que Reuben Walton évite le récit de rupture trop propre.
Il ne donne pas à cette ancienne histoire une conclusion rétrospective parfaitement sage. « Better Than Nothing » conserve plutôt le raisonnement bancal qui permet à certaines relations de durer bien après leur date de péremption.
Et parfois, quatre mots suffisent pour montrer à quel point on peut devenir doué pour négocier contre soi-même.
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