« Une chanson pop traversée de glitches pour raconter quelque chose d’aussi banal qu’épuisant : ne pas réussir à choisir. Sur “crutch”, HANSEL donne à l’indécision une forme instable, comme si la production elle-même changeait d’avis en cours de route. »
L’indécision a rarement l’élégance qu’on lui prête après coup. Sur le moment, elle ressemble plutôt à une série de micro-blocages : avancer, revenir, envisager une option, immédiatement penser à l’autre, chercher un appui qui permette de repousser encore un peu le choix. Pour son deuxième single, HANSEL s’intéresse précisément à cet état intermédiaire.
Le mot « crutch » désigne une béquille. L’image est parlante sans avoir besoin d’être surchargée : lorsque la décision devient inconfortable, on cherche facilement quelque chose auquel se raccrocher, une raison supplémentaire d’attendre ou un mécanisme qui permet de continuer sans véritablement trancher. HANSEL construit sa chanson autour de cette hésitation et choisit, assez intelligemment, de ne pas l’habiller d’une pop parfaitement stable.
La production est en effet travaillée à partir d’influences glitch. C’est probablement le détail le plus révélateur du morceau. Le glitch introduit par définition l’accident, la coupure, la petite anomalie numérique qui perturbe la continuité. Employé autour d’un texte consacré à l’incapacité de choisir, il devient plus qu’une simple couleur esthétique : il donne une traduction sonore à une pensée qui accroche, bifurque ou se remet elle-même en question.
Le contraste est intéressant avec la dimension plus immédiatement pop de « crutch ». HANSEL ne sacrifie pas l’accessibilité du morceau à son goût pour les accidents de production. Cette rencontre entre une écriture mélodique et des éléments plus fragmentés permet au titre de rester léger dans son allure tout en conservant une petite nervosité sous la surface.
Le classement du morceau du côté de l’Afrobeats et de l’Afro-pop ajoute encore une composante rythmique à cette recherche. Plutôt que d’imaginer l’hésitation comme une immobilité complète, HANSEL la place dans un environnement qui continue d’avancer. Et c’est finalement assez juste : on peut être incapable de prendre une décision tout en continuant à vivre, parler, sortir, travailler ou séduire comme si rien n’était suspendu intérieurement.
Pour une deuxième sortie seulement, « crutch » permet surtout de commencer à cerner une personnalité. HANSEL paraît attiré par une pop qui ne considère pas les aspérités numériques comme quelque chose à corriger. Au contraire, elles peuvent devenir une partie du vocabulaire émotionnel du morceau.
Cette piste est particulièrement intéressante à une époque où beaucoup de productions cherchent une fluidité absolue. Ici, les petits dérèglements ont une fonction : rappeler qu’un esprit indécis n’avance jamais parfaitement en ligne droite.
HANSEL ne donne pas davantage de contexte sur ce qui provoque cette hésitation, et ce flou sert plutôt bien « crutch ». Le sentiment reste ouvert, applicable à une relation comme à une décision personnelle ou à cette incapacité plus générale à quitter ce qui nous rassure.
Une béquille aide à tenir debout. Toute la difficulté commence lorsqu’on ne sait plus si elle aide encore à avancer.
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