x
Music Now Pop

The New Citizen Kane questionne tout dans « FREE to feel »

The New Citizen Kane questionne tout dans « FREE to feel »
  • Publishedoctobre 13, 2026

« Réalité, désir, systèmes, vulnérabilité : “FREE to feel” ouvre le second volet de Psychedelika comme on entrouvre une porte sur une pièce dont les murs commencent déjà à bouger. The New Citizen Kane y cherche moins des réponses qu’une permission fondamentale : ressentir avant de tout comprendre. »

The New Citizen Kane pense en chapitres. Chez Kane Luke, un disque n’est jamais vraiment une addition de chansons : musique, image, narration et mise en scène doivent habiter le même univers. Psychedelika Pt.2 pousse cette logique encore plus loin en se déployant à travers quatre EP successifs — Awakening, Desire, Survival puis Release — qui formeront à terme un parcours de vingt titres. « FREE to feel » en constitue le premier arc, celui de l’éveil. Sept morceaux dans sa version présentée ici, dont une relecture acoustique finale, pour remettre en question les certitudes avant de pouvoir passer à la suite.

« DREAM logic » ouvre précisément cette brèche. L’idée n’est pas de reproduire musicalement un rêve au sens décoratif, mais de contester notre obsession pour ce qui paraît rationnel, vérifiable, bien rangé. Synth-pop dans son immédiateté, électronique dans ses textures plus souterraines, le morceau regarde la réalité comme une construction beaucoup moins stable qu’on aime se le raconter. Les étiquettes, les récits que l’on fabrique sur soi, les certitudes héritées : tout peut devenir suspect dès lors que l’intuition et le subconscient commencent à intervenir. C’est un très bon choix d’ouverture parce que Kane ne lance pas son disque avec une réponse, mais avec un dérèglement. The world is stranger than you think : toute la suite part de là.

« metaILIC », présenté ailleurs comme « METALLIC », déplace ensuite cette remise en question vers le corps et l’instinct. Les synthés brillants, l’énergie nocturne et l’élan dance-pop servent une idée beaucoup plus simple que celle de « DREAM logic » : arrêter de trop réfléchir et accepter ce que l’on ressent au moment où cela arrive. Kane associe ce sentiment aux lumières métalliques, à l’attirance, à la créativité, à cette seconde où l’on cesse de s’excuser d’exister comme on est. Sorti pendant la période des Pride, le morceau prend naturellement une dimension liée à la liberté d’aimer et de se montrer sans demander validation. Ce qui évite au propos de devenir une déclaration abstraite, c’est son caractère physique : « metaILIC » veut d’abord procurer l’élan qu’il défend. Le corps comprend avant le discours.

Cette impulsion trouve une réponse plus affective dans « into MY heart ». Le troisième titre déplace l’éveil vers la vulnérabilité : après avoir douté de ce qui paraît réel puis suivi l’instinct, encore faut-il accepter que quelqu’un puisse entrer. Kane inverse alors une vieille équation sociale qui associe protection et force. Ici, ouvrir son cœur demande davantage de courage que de le garder sous contrôle. Le morceau conserve une pulsation synth-pop ascendante, mais son enjeu devient presque désarmant de simplicité : la connexion vaut peut-être le risque. Cette franchise est importante dans un projet conceptuel aussi chargé en idées. Elle empêche FREE to feel de se perdre uniquement dans la philosophie et rappelle que derrière les systèmes et les abstractions, il reste toujours quelqu’un qui hésite à faire confiance.

« ugly ALLIGATOR » apporte justement la morsure qui menaçait de manquer. Le titre est volontairement grotesque, presque enfantin, alors que sa cible l’est beaucoup moins : la culture contemporaine de la réussite, les structures qui récompensent la conformité et cette pression diffuse poussant à tordre ses propres valeurs pour obtenir reconnaissance ou validation. Kane traite le sujet avec une ironie plus agressive, comme si l’éveil devait forcément passer par un moment de mauvaise humeur. Voir « la machine pour ce qu’elle est » devient alors une étape du parcours. On ne peut pas revendiquer une liberté émotionnelle tout en continuant à mesurer sa valeur avec les critères d’un système que l’on déteste. L’humour du morceau empêche heureusement cette critique de prendre la forme d’un sermon.

Le vertige revient avec « WHAT’S real ». Après avoir identifié quelques mécanismes extérieurs, The New Citizen Kane remet tout sur la table : informations, récits collectifs, identité personnelle, croyances, vérités apprises. Le morceau se présente comme un hymne new wave pour une époque saturée de discours contradictoires. Sa question paraît presque naïve — qu’est-ce qui est réel ? — mais le projet s’intéresse précisément à ce moment où les réponses faciles commencent à perdre leur efficacité. « WHAT’S real » ne propose pas une théorie alternative à adopter. Il observe ce qui reste lorsqu’on commence à retirer, une par une, les couches de certitudes qui structuraient jusque-là notre perception. Dans l’architecture de l’EP, c’est une étape essentielle : l’éveil n’a plus rien d’euphorique lorsqu’il oblige à reconnaître que certaines fondations étaient peut-être imaginaires.

Puis « what YOU waiting FOR? » transforme toutes ces interrogations en action. The New Citizen Kane reprend ici un classique pop et l’intègre au récit de FREE to feel non comme simple exercice de reprise, mais comme une injonction parfaitement cohérente avec les morceaux précédents. Après avoir interrogé la réalité, accepté l’instinct, envisagé la vulnérabilité, identifié les règles du jeu et douté des récits imposés, combien de temps faut-il encore attendre avant d’agir ? Repassée à travers l’esthétique Psychedelika, la chanson devient une sorte de sortie de secours : arrêter d’attendre la permission. Son inclusion pourrait sembler extérieure au concept ; elle fonctionne justement parce que son message paraît presque trop évident après tout ce que l’EP vient de déconstruire.

La septième piste, « metaILIC – Acoustic Version », ramène enfin le projet vers son propre centre en retirant une partie de l’habillage qui définissait « metaILIC ». C’est un choix de clôture intéressant pour un EP obsédé par les couches — couches sociales, mentales, narratives, électroniques. Revenir à la même chanson dans une version acoustique permet de déplacer l’attention de l’euphorie et de la production vers la structure émotionnelle qui se cachait dessous. Le morceau consacré au lâcher-prise termine ainsi l’arc Awakening sous une autre lumière : la liberté n’a plus besoin du néon pour exister.

Cette première section de Psychedelika Pt.2 fonctionne d’autant mieux qu’elle n’essaie pas encore de résoudre l’ensemble du projet. « DREAM logic », « metaILIC », « into MY heart », « ugly ALLIGATOR », « WHAT’S real », « what YOU waiting FOR? » et « metaILIC – Acoustic Version » accomplissent une tâche plus précise : retirer progressivement quelques sécurités, quelques automatismes, quelques excuses.

The New Citizen Kane appelle cela FREE to feel. À ce stade, la liberté ressemble surtout à ce moment inconfortable où l’on n’a plus toutes les réponses — et où l’on décide tout de même d’avancer.

Pour découvrir plus de nouveautés POP, n’hésitez pas à suivre notre Playlist EXTRAVAPOP ci-dessous :

 

Written By
Extravafrench

Leave a Reply

En savoir plus sur EXTRAVAFRENCH

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture