« “phan thiet” ressemble à une carte postale retrouvée un peu trop tard : Kiey y laisse flotter sa pop entre désir, solitude et douceur électronique, avec cette mélancolie discrète qui transforme un souvenir de vacances en quelque chose de beaucoup plus intime. »
Le titre intrigue d’abord par son nom. Phan Thiết évoque immédiatement un lieu, une destination, un ailleurs, mais Kiey ne donne pas ici suffisamment d’éléments pour en faire un récit géographique précis. Ce qui ressort surtout, c’est la manière dont ce décor potentiel devient un espace émotionnel : quelque chose entre l’évasion et le recul, entre la chaleur d’un souvenir et la distance qui finit toujours par s’installer.
Kiey travaille depuis longtemps cette zone intermédiaire. Artiste indépendant né en 1994, il écrit, compose et produit lui-même sa musique, avec un goût marqué pour les mid-tempos électro-pop à la fois euphoriques et éthérés. Son univers tourne souvent autour de l’amour, du désir et de la solitude, trois thèmes qui se croisent naturellement dans « phan thiet ».
La chanson se situe à la frontière de l’alt-pop et d’une bedroom pop plus feutrée. Le caractère commercial du morceau ne gomme pas pour autant sa personnalité. Chez Kiey, les mélodies restent très accessibles, mais elles sont régulièrement traversées par quelque chose de plus brumeux, plus introspectif. C’est justement cette tension qui empêche sa pop de devenir trop lisse.
Ses influences racontent aussi beaucoup de cette esthétique. Lana Del Rey, Britney Spears, Utada Hikaru, Björk, Madonna ou Michael Jackson appartiennent à des mondes très différents, mais Kiey semble retenir chez eux une même capacité à faire cohabiter émotion forte et sens du refrain. De là vient sans doute cette manière de juxtaposer des mélodies mélancoliques à des rythmiques plus proches du dancefloor.
« phan thiet » s’inscrit bien dans cette logique. Le morceau ne cherche pas à en faire trop ; il préfère une sensation diffuse, presque flottante, qui laisse suffisamment d’espace pour que l’auditeur projette sa propre histoire. Là où beaucoup de chansons pop expliquent tout, Kiey choisit ici l’impression, la trace, la persistance.
Il y a quelque chose d’assez cinématographique dans cette manière de traiter la solitude. Pas une solitude lourde, mais plutôt celle qui survient après un moment intense, quand le décor est encore là mais que la personne ne l’est plus forcément. « phan thiet » tient précisément dans cet après-coup.
Kiey confirme avec ce titre qu’il sait très bien faire de la pop une matière émotionnelle souple. Rien n’est vraiment dramatique, rien n’est totalement léger non plus. Le morceau reste dans cet entre-deux où un souvenir peut encore réchauffer tout en faisant un peu mal.
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