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Music Rock

Treize ans de métamorphoses pour « Purity of Heart » de Josh Evert

Treize ans de métamorphoses pour « Purity of Heart » de Josh Evert
  • Publishedoctobre 21, 2026

« Il y a des reprises qui naissent d’une admiration immédiate, puis d’autres qui refusent de se laisser terminer. “Purity of Heart” appartient à cette seconde famille : Josh Evert y revient depuis 2013, l’abîme, la reconstruit, la passe sur bande, laisse entrer les accidents et finit par en faire autre chose qu’une simple relecture de Krill. »

L’histoire commence avec une obsession. Evert écoute en boucle Lucky Leaves de Krill, roule dans sa Buick et rumine les paroles de « Purity of Heart », notamment cette manière d’anthropomorphiser l’herbe et les brindilles, ou cette idée de devoir suffisamment s’aimer soi-même pour pouvoir aimer quelqu’un d’autre. Il est tout autant fasciné par la mesure en 7/4, suffisamment naturelle dans l’écriture originale pour presque faire oublier son étrangeté.

Sa première réponse prend la forme d’une reprise entièrement électronique, publiée sur SoundCloud. Puis les années passent. Pendant la pandémie, Evert retourne dans le morceau et y ajoute batterie live, piano, guitare et basse. Ce qui aurait pu devenir une simple modernisation se transforme peu à peu en chantier permanent, parfaitement cohérent avec son rapport très physique au son.

Le moment décisif arrive lorsque la technologie commence justement à résister. Ableton devient capricieux, Evert perd patience et décide de transférer le morceau sur bande. Les niveaux saturent, certaines parties glitchent, des erreurs apparaissent. Au lieu de les nettoyer, il les garde. Le décrochage vocal et la note de piano isolée autour de 1:36 deviennent ainsi des accidents heureux plutôt que des défauts à corriger.

Cette manière d’accueillir l’imprévu résume bien son travail. Ingénieur du son, compositeur, auteur et producteur, Josh Evert construit sa musique dans la rencontre entre structures pop lisibles et expérimentations de texture. « Purity of Heart » conserve donc la mélodie et l’ossature émotionnelle de Krill, mais les fait passer à travers de l’indietronica, du glitch hop, du future bass et une sensibilité beaucoup plus tactile.

Mol Sullivan joue également un rôle essentiel dans l’achèvement du morceau. Evert envisageait depuis longtemps de refaire sa voix principale sans jamais passer à l’acte. L’arrivée de Sullivan débloque finalement la situation. Sa présence vocale apporte un nouvel éclat au titre et, surtout, permet à Evert d’accepter qu’après toutes ces années, la chanson puisse enfin être considérée comme terminée.

Le résultat devient le deuxième extrait de Photogenic Memory, album écrit par fragments sur plus d’une décennie. Là encore, la logique est cohérente : un disque sur la mémoire, ses déformations, ses corrections et ses faux raccords accueille parfaitement une reprise qui s’est elle-même transformée pendant treize ans.

« Purity of Heart » ne cherche donc pas à conserver Krill sous verre. Josh Evert la laisse vieillir, muter, buguer, reprendre forme. Et c’est précisément dans ces couches accumulées que la reprise finit par trouver sa propre mémoire.

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Written By
Extravafrench

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