Une vieille cassette VHS, quelques notes de piano, une voix que l’on croyait appartenir au passé. Gravegonzo transforme les souvenirs en présences presque palpables. Avec « An Eternal Night », Sam Beahan et Harrison Bamford signent un album hanté par l’absence, le deuil et cette étrange manière qu’a la mémoire de faire cohabiter plusieurs époques dans une même seconde. Entre shoegaze brumeux, dream pop et textures électroniques, le duo londonien compose une bande-son pour les fantômes que l’on garde près de soi.
Dans cette interview en dix questions, Sam revient sur la disparition de son père, ses fascinations pour William Blake et David Lynch, ses années de création avec Harrison et cette envie de faire de la musique un refuge pour ceux qui traversent la perte.
1) Qui es-tu ?
Je suis Sam Beahan, du groupe de dream pop Gravegonzo, basé à Peckham, dans le sud de Londres.
Notre nouvel album, « An Eternal Night », sort la veille d’Halloween, une date qui correspond également à l’anniversaire de la mort de mon père.
C’est un disque extrêmement personnel qui mêle shoegaze, ambient et mélodies pop, et qui explore la mort, le temps et la mémoire.
Nous voulions que l’auditeur ait l’impression d’être plongé dans un rêve fiévreux fait de souvenirs.
2) Quel est ton parcours ?
Je suis né en France, mais j’ai déménagé à Brighton à l’âge de trois ans. Harrison fréquentait d’ailleurs la même école que moi là-bas.
Aujourd’hui, nous vivons tous les deux dans le sud de Londres depuis une dizaine d’années.
Nous avons sorti notre premier album, « Their Fantasy Mirrors », une sorte de conte de fées hyperpop, il y a cinq ans. Et depuis, nous travaillons sur ce nouveau disque.
3) Comment décrirais-tu votre musique en quelques mots ?
Une dream pop éthérée, portée par des synthétiseurs mélancoliques et des voix chargées d’émotion, dans un univers onirique à la fois cinématographique et hanté.
4) Quelles sont tes inspirations ?
Pour cet album, j’ai été profondément influencé par William Blake.
Je suis devenu obsédé par lui lorsque j’ai découvert que nous partagions la même date d’anniversaire, le 28 novembre, et qu’il aurait aperçu des anges dans le parc de Peckham Rye, juste à côté de l’endroit où je vivais.
J’ai alors commencé à ressentir une connexion assez étrange avec lui.
Blake était lui-même fasciné par « Paradise Lost » de John Milton, écrit environ deux cents ans avant sa naissance.
Et comme deux cents autres années environ nous séparent, Blake et moi, je trouvais amusant de me placer comme troisième personne dans cette chaîne d’obsessions : Milton, Blake, puis moi.
5) Quelle est votre playlist de prédilection quand vous créez ?
Avec Harrison, nous avions l’habitude de créer des playlists en nous envoyant des morceaux.
Il y avait des genres très variés, allant des compositions de bandes originales de Max Richter à Oneohtrix Point Never.
Nous écoutions également beaucoup de dance music.
D’une certaine manière, nous faisons de la musique électronique sur laquelle il est assez difficile de danser.
6) Quel est le plat que tu cuisines le mieux ?
Je ne suis vraiment pas un très bon cuisinier.
En général, un ami m’apprend à préparer un plat, et je le refais encore et encore jusqu’à ce que quelqu’un m’en enseigne un nouveau.
En ce moment, je fais énormément de quiches.
7) Quels sont vos projets à venir ?
Comme cet album nous a demandé énormément de temps d’écriture, nous sommes impatients de sortir quelques singles après sa publication.
Des morceaux indépendants, qui ne seront pas liés à une histoire plus vaste.
8) Si tu pouvais passer 48 heures avec une personne que tu n’as jamais rencontrée, qui serait-ce ?
Je ferais revenir David Lynch d’entre les morts.
Je pourrais l’écouter parler pendant des heures. Alors même si je ne disposais que de deux jours, je sais que j’en retirerais énormément.
Heureusement, il a toujours été très généreux lorsqu’il parlait de son processus créatif, et je me retrouve régulièrement à revoir ses anciennes interviews.
9) Un dernier mot ou conseil ?
J’espère vraiment que les gens pourront retirer quelque chose de cet album.
L’écrire a été une expérience profondément thérapeutique pour moi, et s’il peut aider quelqu’un qui traverse un deuil à se sentir un peu moins seul, ce serait une véritable bénédiction.
Quand on écrit sur quelque chose d’aussi personnel, on ne peut jamais vraiment savoir comment cela résonnera chez quelqu’un d’autre.
Alors imaginer que ma propre expérience puisse toucher une autre personne et lui apporter un peu de réconfort, c’est quelque chose d’incroyablement précieux à mes yeux.
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